VII. Il en prit autrement à un petit barbier de Vendôme. Monsieur le médecin Taillerie, menoit en pratique ce petit chirurgien; & parce qu'il avoit long temps à être chez la noblesse ou il alloit, monsieur le médecin, jà vieillard, menoit sa femme qui étoit encore jeune, que le barbier accompagnoit en trousse. Etant en chemin, le médecin demanda au barbier comme se portoit sa femme. Vraiement, dit il, monsieur, il faut qu'elle se porte bien, si elle veut; d'autant que je l'ai approvisionnée six bons coups, cette nuit, sans ce qui s'est fait depuis. Cela leur servit de risée, tant qu'ils furent arrivés à la noblesse, où ils alloient. Le soir, chacun étant retiré, le médecin devisant avec sa femme: laquelle lui avoit entamé le propos de ce jeune barbier, lui demandant, possible en songeant à ce qu'il avoit dit tantôt, pourquoi il s'en servoit plutôt que d'un autre. Ma mie, ce dit-il, je me sers de lui, parce que je desire qu'il ait sa vie toute gagnée, d'autant qu'il n'a plus que deux ans ou environ à travailler, à cause qu'il paroîtra tout ladre. Cette réponse fut cause, que la demoiselle s'en dégoûta. Comme ils s'en retournoient, le médecin gaussa sa femme; & ainsi qu'ils furent en un carroi, où il y a de grand arbres, il lui dit: ma mie, mettez pied à terre; je vous veux baiser entre cul & con. Mon ami, dit-elle vous êtes fâcheux. Non suis; le pied à terre, je le veux. Etant à bas tous deux, il la prend & la baisa en la bouche, comme au jour de leur nôces; puis elle dit: pourquoi me disiez-vous cela? Parce que je l'ai fait; ne vous ais-je pas baisée? Oui. Ha! ma mie, voilà un ruisseau qui se nomme cul, & celui-là con; nous sommes entre-deux. Ainsi, beaux esprits, voilà de belles paroles; elles sont claires comme eau.
Mahomet. Comment voudriez-vous faire entre con & cul une muraille seche?
Cesar. Je ne sais.
Mahomet. Il faudroit boire l'eau, & manger le mortier: achevez.
L'autre. Etant de retour de fortune, mademoiselle du médecin se trouvant chez une commere; (c'est-là où on cause) vint qu'on parla de maître Claude ce barbier. Vraiment, dit cette demoiselle, je suis marrie de son inconvénient, il sera ladre dans deux ans; mon mari me l'a dit. Cela alla de bouche en bouche, ou de couche en couche, tellement que le barbier le sut, qui, tout scandalisé, vint trouver monsieur le docteur, auquel il fit sa plainte, & demanda s'il l'avoit dit, & pourquoi. Parce qu'il ne faut pas, vous qui êtes jeune, que vous parliez devant ma femme, en ma présence, de le faire six coups; & soyez sage.
Beroaltus. Je connois ce barbier, il est honnête homme: il a fessé un chien; il est Gascon & a demeuré à Tours chez un de nos amis. Vraiment il fit un jour un trait notable. Une femme d'honneur étoit malade, & il falloit, au carême, avoir dispense, pour lui faire manger des viandes qui sont interdites en saint temps.
Aristote. (Mais la cause pourquoi la chair terrestre est-elle plutôt défendue que l'aquatique?
Pythagoras. Mais aussi vous dirai-je, un étron est-ce chair ou poisson?
Aristote. Il y faudroit goûter: & puis vous sauriez que tandis qu'il a le sens chaud, il sera chair; s'il l'a froid, il sera poisson & vous en soulez. Ce n'est pas cela. Répondez au prêtre: je vous dirai: c'est parce que la chair fout, & on seroit fou toujours, & le poisson fraie.
Neron. Voilà de belles raisons. J'aimerois autant celles de Jannotin, qui dit: qu'il faudroit être sergent pour aller en paradis, d'autant que les sergens vont devant: da, da. Il est bon, s'il n'y avoit que les gens de justice qui allassent en paradis. Et c'est le contraire, & je l'ai vu en la danse macabrée de Fubourg, où les présidens, conseillers, avocats, procureurs & clercs, sont par les sergens conduits en enfer, & t'en guette).