Buchanan. N'étoit-ce pas lui, qui, au lieu de dire à la leçon, qui mœchantur cum illâ, dit, qui monachantur cum illâ.
Apulée. Et que vous faut-il? Vraiment vous êtes bien cruel de regarder à des paroles, & non à l'intention.
Buchanan. Je sais bien pourquoi vous le dites: c'est de peur que je ne parle de votre cousine de Malenoue.
Neron. Dites donc tout, puisque vous êtes détravé.
Buchanan. Durant la ligue, il y eut un bruit qui courut (puisqu'il faut ainsi dire) qu'une nonnain de Malenoue avoit eu apparition d'ange. A cette nouvelle, quelques dames des plus grandes firent partie de l'aller voir: ce qu'elles accomplirent. Etant là avec elle, voyant discourir des merveilles de cet ange, elles étoient en extase de douceur; & comme cette fille les voyoit ainsi transportées d'aise, elle leur amplifioit son discours du reste de la merveille, puis ajouta: j'étois si contente, Madame, que jamais tant, ni plus. C'étoit le plus beau l'ange du monde; & puis, quand ce beau l'ange fut sorti, toute ma chambre étoit si embaumée, que c'étoit merveille, tant elle sentoit l'usc, & le membre vert & gris.
César. Quel ange? Je gage que c'étoit un esprit vital.
Buchanan. Comme vous dites. Au moins souvenez-vous de dame Catherine, qui, oyant parler de sa maîtresse que l'on pensoit qui fût morte, & que le médecin disoit que les esprits vitaux y étoient encore tous: elle répliqua: je ne dis que cela ne fût, si c'étoit à un homme, mais à une femme, ce sont les esprits conaux.
César. Je ne sais quels esprits, si vous ne l'entendez à l'antique, que l'engin & l'esprit sont tout un, ainsi que le pratiqua la chambriere d'une veuve. Je vous assure que cette garce étoit jolie, mais un peu follette; sur quoi sa maîtresse lui disoit toujours qu'elle n'avoit point d'esprit. Or est-il qu'il y avoit un jambon à la cheminée; & cette fille le voyant là si long-tems, elle s'ennuyoit; elle demanda à madame, si elle le mettroit cuire. Non, dit-elle, c'est pour les Pâques. Cette fille en fit le conte à quelques autres de ses compagnes, qui s'en gaussoient en son absence. Mais le clerc du notaire Bardé ne fut point si sot, qu'il n'y prît garde pour éprouver le sens de la fillette. Un jour que la bonne femme étoit allée à sa métairie, & qu'elle avoit laissé Mauricette toute seule, il vint heurter, & demanda madame. Mauricette dit qu'elle n'y étoit pas. J'en suis bien marri, parce que je suis Pâques, qui étois venu quérir le jambon qu'elle m'a promis. Il passa; & la chambriere le laissa paisiblement entrer & prendre le jambon. Lui qui la voyoit si nicette & belle, pensoit à meilleure aventure. Il faut, dit-il, que je voie si c'est ici mon jambon. Si ce l'est, j'ai un esprit qui me le dira. Il tire son chouart vif & glorieux. Quand la fille le vit: qu'est-ce que cela? C'est mon esprit. Je vous prie, donnez-m'en un peu: ma maîtresse ne me fait que tancer, & dire que je n'ai point d'esprit. Il la prit, & lui en distribua autant qu'à lui, dont elle se trouva passablement bien; aussi en étoit-elle toute réjouie, comme celle qui disoit que Claude lui avoit farfouillé en son cul de devant. Quand sa maîtresse fut venue, elle lui conta comme Pâques étoit venu quérir le jambon: & dà, madame, vous ne me reprocherez plus que je n'ai point d'esprit, Pâques m'en a baillé à bon escient.
Quelqu'un. Voilà un beau moyen d'avoir de l'esprit! C'est à quoi pensoit ma cousine Martine, l'autre jour en dînant, que sa mere parloit de son lard. Oui, vraiment, ma mere, notre lard étoit bon; mais la couaine sent le vit.
Renée. Elle ne dit pas ainsi; dà, je la veux défendre; elle dit: s'enlevit.