Buchanan. Oui.

Des Essards. Et de quel saint?

Buchanan. Je suis gentilhomme; & par la double-triple manche de serpe, nous sommes tous gentilshommes en notre pays.

Des Essards. O! ha, hé! & qui est-ce donc qui garde les pourceaux?

Buchanan. C'est l'abbé de Turpenai, qui fut celui qui eut la venue par mon compere Tristan que voilà, qui en fait des reproches au roi Louis onzieme, lequel avoit donné l'abbaye de Turpenai à un gentilhomme, qui, jouissant du revenu, se faisoit nommer monsieur de Turpenai. Il avint que le roi étant au Plessis-les-Tours, le vrai abbé qui étoit moine, & comme ceux qui duement pourvus ont été appellés antiques, d'autant que c'étoit à l'antique mode, qu'il n'y avoit point de commentaire; (foin, je pensois dire de commendataires.) Cet abbé se vint présenter au Roi, & lui fit sa requête, lui remontrant que canoniquement & monastiquement il étoit pourvu de l'abbaye, & que le gentilhomme usurpateur lui faisoit tort contre toute raison; & partant qu'il invoquoit sa majesté, pour lui être fait droit. En secouant sa parruque, le roi lui promit de le rendre content. Ce moine importun, comme tous animaux portant cucule, venoit souvent aux issues du repas du roi, pour lui ramentevoir son affaire. Un jour, le roi, ennuyé de l'eau bénite du couvent, appella mon compere Tristan, & lui dit: compere, il y a ici un Turpenai qui me fâche; ôtez-le moi du monde. Tristan n'y faillit non plus, qu'il lui eût failli, ainsi qu'il se trouve ès Florides, quand sous le nom de Stratin il eut la tête tranchée à Sancerre, tourné en Rancrese, témoin Verville qui me l'a dit, ainsi qu'il l'a écrit. Tristan prenant un froc pour un moine, ou un moine pour un froc, vint à ce gentilhomme, que toute la cour nommoit monsieur de Turpenai; & l'ayant accosté, fit tant qu'il le détourna; puis le tenant, lui fit entendre que le roi vouloit qu'il mourût, partant qu'il fît son testament, comme font les enfans de Lyon au pied d'une échelle, la tête couverte par privilége notable. Il vouloit résister en suppliant, & supplier en résistant, comme dit notre ami Castillon en son bien dire: mais il n'y eut aucun moyen d'être ouï. Il fut délicatement étranglé entre la tête & les épaules, si qu'il expira; & trois heures après, le compere dit au roi, qu'il étoit distillé. Il avint cinq jours après, qui est le terme que les ames reviennent, si elles doivent revenir, ainsi que dit saint Foubrequin, que le moine vint à la salle où étoit le roi, lequel le voyant, demeura fort étonné, & lui sembloit avoir devant lui le spectacle hideux de l'ame monachale, étrangée de son triste corps. Tristan étoit présent. Le roi l'appelle, & lui dit en l'oreille: vous n'avez pas fait ce que je vous ai dit. Ne vous déplaise, sire, dit-il, je l'ai fait. Turpenai est mort. Hé! je disois & entendois de ce moine. J'ai ouï & entendu du gentilhomme. Quoi! c'est donc fait? Oui, sire. Or bien, se tournant vers le moine: venez ici, moine. Le moine s'approche: le roi lui dit: mettez-vous à genoux. Le pauvre moine avoit peur. Et le roi lui dit: remerciez dieu, qui n'a pas voulu que vous fussiez tué, comme je l'avois commandé. Celui qui prenoit votre bien l'a été. Allez, dieu vous a fait justice; allez, priez dieu pour moi, & ne bougez de votre couvent.

Contrat.

XIX. Sapho. Je pense que ce pauvre moine n'arsoit pas à cette heure.

Beze. Vraiment non, non plus que monsieur le grand prieur de Marmoustier, qui disoit que sa couille étoit en chaleur, & que son vit ne bougeoit de dessus.

Sapho. C'est que ce pauvre cas avoit perdu de l'argent, il regardoit contre bas, il n'eût pas été bon pour la tante de maître Philippes.

Coquefredouille. Comment?