De savetier je suis ministre.
Parenthese.
XX. Dis que tu en as, Calvin.
Calvin. Je n'en veux autre vengeance que celle qu'en prit Bersaut sur le curé de Barace & ses compagnons. Que Chose vous le raconte: je suis empêché. Ne savez-vous pas que je bois & mange si peu, qu'il me faut être en repos pour pâturer, avisez: je ne mange pas tant que beaucoup de personnes: & si tout le vin du monde étoit-là, je n'en boirois pas le quart.
Rabelais. Mais ne laissons aller Bersaut.
Calvin. Dis haut, couillaud d'Angers mon ami, & je te promets que, quand tu seras chanoine de S. Maurice, tu ne paieras rien pro futuitu, quoique nos devanciers l'aient toujours fait, & les successeurs le feront, pour entretenir les cérémonies de l'église.
Chose. Bersaut passant au-dessous de la bennerie, rencontra une nue de prêtres qui venoient d'un gaignage. Lui, bien accompagné, les environna, & leur demanda d'où ils venoient. Prêtres étonnés ne savoient presque dire, tant ils avoient peur. Or, çà, çà, dit Bersaut à un page: pied à terre; & au bon homme de curé de Barace, qui étoit fort âgé: sus, bon homme, cul bas; là, détachez vos chausses. Il pensoit devoir être écouillé. Quand les chausses furent baissées, le page, au commandement de son maître, attacha le derriere de sa chemise aux reins. Adonc il fit baisser le curé, comme quand on joue au frappemain, ou à la fausse-compagnie; puis, çà, enfans, à l'offrande. Tous les autres prêtres vinrent baiser le cul, & mirent leur argent au chapeau du page. La cérémonie accomplie, il leur demanda: & bien, enfans, me connoissez-vous? Oui, vous êtes le bon monsieur Bersaut. Allez, dit-il, & faites votre devoir; soyez gens de bien. Le lendemain, ces prêtres conterent à deux cordeliers ce qui leur étoit avenu; & les deux freres (qui aussi vont toujours deux à deux. Voire, deux à deux, ce seroient quatre: ils vont un à un. Coucher une à un est bon). Les cordeliers, passant pays, vindrent à Chesfe, où sont les oies rouges, & dînerent avec des gendarmes. Après dîner, ils rendirent graces, & dirent: dieu nous veuille donner une bonne paix. Adonc un des gendarmes va dire: dieu nous ôte le purgatoire. Ha! monsieur, ma chere ame parente de chrétienté, vous blasphémez. Mais vous, dit le soldat; il faut que chacun vive de son état. S'il n'y avoit un petit de guerre & un purgatoire, il ne faudroit ni moines ni gendarmes. A! ha, ha, hé. Au reste, étant passés outre dans le haut Anjou, par-delà Angers,
Basse ville, hauts clochers,
Riches putains, pauvres écoliers.
& proche de la maison de Bersaut, ils s'entredisent: frere, qui ira? Ce sera moi, dit l'aîné, qui avoit nom frere Eustache. Il y alla donc, & demanda à parler à monsieur, devant lequel on l'introduit. (Quoi! dit Badius, vous dites monsieur sans queue? Je le crois bien; n'ai-je pas été nourri dans les cloîtres? Je dis comme les femmes de prêtres, qui, tant pauvre soit leur maître, parlant de lui, nomment monsieur: monsieur par-ci, monsieur par-là.