Melvin. Il a raison, d'autant que tous ces mémoires, dictions, discours, sentences & paroles sont prises du dictionnaire à dormir en toutes langues, de l'institution à lire sans points, sans lettres, sans caracteres, sans accens, sans figures, sans notes: aussi-bien les notes font faillir, ainsi que le disoit frere Ambroise, qui disoit qu'il eût bien chanté; mais que la note l'empêchoit. Aussi sans chiffrer telles choses, a été fait ce livre par le fils du dernier homme; item de l'épitome des bibliotheques de Saint-Germain & autres, du grand luminaire des sots, tous livres extraits de cettui-ci, auquel si chacun avoit remis ce qu'il y a pris, il n'y auroit plus qu'un livre au monde.

Suidas. Tu es bien sot de nous conter ceci, afin que tout le monde le sache, & on le vouloit céler.

Melvin. Tu es un sot, toi-même. Je te recommanderai au maître des sots.

Suidas. Et qui est-il?

Melvin. O grosse bête, c'est le sotier de Genève.

Suidas. Quel sotier?

Melvin. Tu fais semblant de ne le savoir point. Parce qu'ils écrivent psautier; je disons sotier, non sans cause, d'autant que tous les sots qui sont repris de justice en ce pays-là, passent sous son enseigne.

Suidas. Comment! Est-on sujet en ce pays-là d'avoir la vérole?

Melvin. Garde-toi de blasphémer; il ne faut pas dire cela.

Suidas. Que veux-tu donc dire?