[330] II Cor., XI, 9 ; II Tim., IV, 16.

XXVI
Le fruit des œuvres de miséricorde est dans la bonne volonté.

Or, ces fruits ne sont un aliment que pour ceux qui y trouvent une joie sainte, et cette joie n’est pas aux esclaves « asservis au culte de leur ventre ». Et même en ceux qui donnent, ce n’est pas l’aumône qui est le fruit, c’est l’intention de l’aumône. Aussi, je comprends la joie de ce grand apôtre, qui vivait pour son Dieu et non pour son ventre, je la comprends bien ; mon âme sympathise à cette joie. Il venait de recevoir, par Epaphrodite, les dons des Philippiens : mais est-ce de ces dons qu’il se réjouit ? Non, je vois la cause de sa joie, et cette cause est le fruit qu’il savoure. Car il dit, en vérité : « J’ai ressent une joie ineffable dans le Seigneur de ce que votre amour pour moi a commencé de refleurir ; non que cet amour se fût flétri en vous, mais il était voilé par la tristesse[331] ». Une longue tristesse les avait donc desséchés ; et, comme de stériles rameaux, ils ne portaient plus de fruits charitables ; et il se réjouit de les voir refleurir ; il se réjouit non pour lui-même des secours dont ils ont assisté son indigence, car il ajoute : « Ce n’est pas qu’il me manque rien ; dès longtemps j’ai appris à me contenter de l’état où je me trouve ; je sais vivre pauvrement, je sais vivre dans l’abondance. Je suis fait à tout ; je suis à l’épreuve de tout, de la faim et des aliments, de l’opulence et de la disette. Je peux tout en celui qui me fortifie[332] ».

[331] Philip., IV, 10.

[332] Ibid., IV, 11, 13.

Quelle est donc la cause de ta joie, ô grand Paul ? Dis, quelle est cette joie ? Quel est ce fruit dont tu goûtes la saveur, « homme renouvelé par la connaissance de Dieu, à l’image de ton Créateur[333] » ? Ame vivante, peuplée de vertus ! Langue aux ailes de feu, qui proclame dans le monde les divins mystères ! C’est bien aux âmes comme la tienne que l’on doit cette nourriture d’amour. Dis, de quel fruit te nourris-tu ? de joie ? Écoutons-le : « Oui, dit-il, oui, vous avez bien fait d’entrer en communion avec mes souffrances ». Voilà sa joie, voilà sa nourriture. Ils ont bien fait, non parce qu’il a eu quelque relâche à ses angoisses, lui qui vous disait : « Dans la tribulation vous avez dilaté mon cœur[334] », lui qui sait souffrir l’abondance et la disette en vous, son unique force. « Vous savez, ajoute-t-il, vous savez, Philippiens, que, depuis mon départ de Macédoine pour les premières prédications de l’Évangile, nulle autre Église n’a eu communication avec moi en ce qui est de donner et de recevoir ; je n’ai rien reçu que de vous seuls, qui m’avez envoyé par deux fois, à Thessalonique, de quoi subvenir à mes besoins ».

[333] Coloss., III, 10.

[334] Ps. IV, 2.

Et maintenant il se réjouit de leur retour aux bonnes œuvres ; il se réjouit des nouveaux fruits et de la nouvelle fertilité du champ spirituel. Serait-ce donc dans son intérêt ? car il dit : « Vous avez envoyé à ma détresse ». La source de sa joie serait-elle là ? Non, non ! Et comment le savons-nous ? Lui-même nous l’apprend : « Ce n’est pas le don, c’est le fruit que je cherche[335] ».

[335] Philipp., IV, 16, 17.