[2] Tob., XII, 7.

I
Premières années. Conversion et baptême de saint Augustin.

Augustin était de la province d’Afrique, de la cité de Tagaste. Né d’une famille curiale et chrétienne[3], ses parents n’épargnèrent rien, ni soins, ni dépenses, pour l’élever et l’instruire. Il fut profondément initié à la connaissance des lettres humaines et de tous les arts que l’on appelle libéraux. Car lui-même enseigna d’abord la grammaire dans sa ville natale, puis la rhétorique dans la capitale de l’Afrique, à Carthage ; plus tard, il alla professer outre-mer, à Rome, et à Milan[4], où l’empereur Valentinien II tenait sa cour. Alors aussi, dans cette ville, les fonctions épiscopales étaient remplies par un grand serviteur de Dieu, homme éminent entre les meilleurs, le pontife Ambroise. Assistant dans l’église avec le peuple aux fréquentes conférences de ce saint prédicateur de la parole de Dieu, il demeurait comme attaché et suspendu à ses lèvres. Séduit dès sa première jeunesse par l’erreur des Manichéens, il donnait aux discours de l’évêque une attention plus inquiète qu’aucun autre auditeur, écoutant s’il ne se dirait rien qui favorisât ou qui combattît cette hérésie. Et la clémence divine, qui voulait sa délivrance, vint au-devant de ces perplexités. Elle conduisit le cœur de son serviteur à résoudre incidemment certaines objections que les hérétiques élevaient contre la loi. Ces enseignements inattendus, suggérés par la divine miséricorde, bannirent peu à peu cette erreur de l’esprit d’Augustin ; et bientôt, raffermi dans la foi catholique, il sentit naître en lui cette amoureuse ardeur d’avancer dans la religion, en sorte qu’à l’approche des saints jours de Pâques[5], il reçut l’eau du salut. Et la céleste miséricorde voulut encore que ce fût par le ministère de ce grand et saint pontife Ambroise qu’il reçût à la fois la doctrine salutaire de l’Église catholique et le sacrement régénérateur.

[3] L’an 354, ides de novembre, Constantin Aug. VII et Constantin César III, consuls.

[4] L’an 383 et 384.

[5] 24 avril, l’an 387.

II
Il prend la résolution de servir Dieu.

Bientôt converti à Dieu du plus profond de son cœur, il abjura toute espérance dans le siècle. Ce qu’il a recherché jusqu’alors, une femme, des enfants, des richesses, des honneurs suivant le monde, il renonce à tout pour se vouer avec les siens au service de Dieu, jaloux d’appartenir à ce petit troupeau auquel le Seigneur adresse cette parole : « Ne craignez pas, petit troupeau ; car il a plu à votre Père de vous donner son royaume. Vendez ce que vous possédez et donnez-le en aumônes ; faites-vous une bourse qui ne vieillisse point et un trésor dans le ciel qui ne s’épuise point, etc.[6] ». Jaloux de pratiquer cet autre conseil du Seigneur : « Si tu veux être parfait, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel ; puis viens, suis-moi[7] » ; jaloux enfin d’élever sur le fondement de la foi, non pas un édifice de bois, de foin et de paille, mais un édifice d’or, d’argent et de pierres précieuses. Et il était alors âgé de plus de trente ans, n’ayant plus que sa mère, toujours près de lui et plus heureuse de cette résolution de servir Dieu embrassée par son fils qu’elle ne l’eût été des enfants de sa chair. Son père était déjà mort. Il déclara en même temps à ses disciples qu’ils eussent à se pourvoir d’un autre maître, parce que lui-même se destinait au service de Dieu.

[6] Luc, XII, 32.

[7] Matth., XIX, 21.