VIII
Dieu entretenait son inquiétude jusqu’à ce qu’il connût la vérité.
Et vous, Seigneur, vous demeurez éternellement, mais votre colère contre nous n’est pas éternelle, puisque vous avez eu pitié de ma boue et de ma cendre, et que votre regard a daigné réformer toutes mes difformités. Votre main piquait d’un secret aiguillon mon cœur agité, pour entretenir son impatience, jusqu’à ce que l’évidence intérieure lui eût dévoilé votre certitude, et mon enflure diminuait à votre contact puissant et caché, et l’œil de mon âme, trouble et ténébreux, guérissait de jour en jour par le cuisant collyre des douleurs salutaires.
IX
Il avait trouvé la divinité du Verbe dans les livres des platoniciens, mais non pas l’humilité de son Incarnation.
Et voulant d’abord me faire connaître comment vous résistez aux superbes et donnez votre grâce aux humbles, et quelles prodigalités de miséricorde a répandues sur la terre l’humilité de votre Verbe fait chair et habitant parmi nous, vous m’avez remis, par les mains d’un homme, monstre de vaine gloire, plusieurs livres platoniciens, traduits de grec en latin, où j’ai lu, non en propres termes, mais dans une frappante identité de sens, appuyé de nombreuses raisons, « qu’au commencement était le Verbe ; que le Verbe était en Dieu, et que le Verbe était Dieu ; qu’il était au commencement en Dieu, que tout a été fait par lui et rien sans lui : que ce qui a été fait a vie en lui ; que la vie est la lumière des hommes, que cette lumière luit dans les ténèbres, et que les ténèbres ne l’ont point comprise ». Et que l’âme de l’homme, « tout en rendant témoignage de la lumière, n’est pas elle-même la lumière, mais que le Verbe de Dieu, Dieu lui-même, est la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde » ; et « qu’il était dans le monde, et que le monde a été fait par lui, et que le monde ne l’a point connu ».
« Mais qu’il soit venu chez lui, que les siens ne l’aient pas reçu, et qu’à ceux qui l’ont reçu il ait donné le pouvoir d’être faits enfants de Dieu, à ceux-là qui croient en son nom » ; c’est ce que je n’ai pas lu dans ces livres. J’y ai lu encore : « Que le Verbe-Dieu est né non de la chair, ni du sang, ni de la volonté de l’homme, ni de la volonté de la chair ; qu’il est né de Dieu ». Mais « que le Verbe se soit fait chair, et qu’il ait habité parmi nous[125] », c’est ce que je n’y ai pas lu.
[125] Joan., I, 1-14.
J’ai découvert encore plus d’un passage témoignant par diverses expressions, « que le Fils consubstantiel au Père, n’a pas cru faire un larcin d’être égal à Dieu, parce que naturellement il n’est pas autre que lui ». Mais « qu’il se soit anéanti, abaissé à la forme d’un esclave, à la ressemblance de l’homme, qu’il ait été trouvé homme dans ses infirmités, qu’il se soit humilié, qu’il se soit fait obéissant jusqu’à la mort, à la mort de la croix ! — pour quoi Dieu l’a ressuscité des morts et lui a donné un nom au-dessus de tout autre nom, afin qu’à ce nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur la terre dans les enfers, et que toute langue confesse que Jésus Notre-Seigneur est dans la gloire de Dieu son Père[126] » ; c’est ce que ces livres ne disent pas.
[126] Philipp., II, 6-11.
Qu’il est « avant les temps, au delà des temps, dans une immuable pérennité, comme votre Fils, coéternel à vous ; que, pour être heureuses, les âmes reçoivent de sa plénitude, et que, pour être sages, elles sont renouvelées par la communion de la sagesse résidant en lui[127] » ; cela est bien ici. « Mais qu’il soit mort dans le temps pour les impies ; que vous n’ayez point épargné votre Fils unique, et que pour nous tous vous l’ayez livré[128] », c’est ce qui n’est pas ici. Vous avez caché ces choses aux sages, et les avez révélées aux petits, afin de faire venir à lui les souffrants et les surchargés, pour qu’il les soulage. Car il est doux et humble de cœur, il conduit les hommes de douceur et de mansuétude dans la justice, il leur enseigne ses voies, et à la vue de notre humilité et de nos souffrances, il nous remet tous nos péchés :
[127] Joan., I, 16.