[193] Ps. IV, 7.
[194] Ephes., V, 8.
Oh ! s’ils voyaient cette lumière intérieure, éternelle, que je frémissais, moi, qui déjà la goûtais, de ne pouvoir leur montrer, m’eussent-ils apporté leur cœur dans des yeux détournés de vous, en me disant : « Qui nous montrera le Bien » ? Car c’est là, c’est dans la chambre secrète où je m’étais emporté contre moi-même ; où, pénétré de componction, je vous avais offert l’holocauste de ma caducité, et inauguré mon renouvellement au sein de votre espérance ; c’est là que j’avais commencé de savourer votre douceur, et que mon cœur avait reçu votre joie. Et je m’écriais à la vérité de cette lecture, sanctionnée par le sens intérieur. Et je ne voulais plus me diviser dans la multiplicité des biens terrestres, bourreau et victime du temps, lorsque la simple éternité me mettait en possession d’un autre froment, d’un autre vin, d’une autre huile.
Et le verset suivant arrachait à mon cœur un long cri : « Oh ! dans sa paix ! oh ! dans lui-même » ! ô bienheureuse parole ! « Je prendrai mon repos et mon sommeil[195] » ! Et qui nous fera résistance, quand l’autre parole s’accomplira : « La mort est engloutie dans la victoire[196] ». Et vous êtes cet être fort qui ne change pas ; et en vous le repos oublieux de toutes les peines ; parce que nul autre n’est avec vous ; parce qu’il ne faut pas se mettre en quête de tout ce qui n’est pas vous. « Mais vous m’avez affermi, Seigneur, dans la simplicité de l’espérance ».
[195] Ps. IV, 9.
[196] I Cor., XV, 54.
Je lisais, et brûlais, et ne savais quoi faire à ces morts sourds, parmi lesquels j’avais dardé ma langue empoisonnée, aboyeur aveugle et acharné contre ces lettres saintes, lettres distillant le miel céleste, radieuses de votre lumière ; et je me consumais d’indignation contre les ennemis de cette Écriture, quand je me rappelais les scandaleuses vacances de ma vie passée.
Mais je n’ai pas oublié et ne tairai point l’aiguillon de votre fouet, et l’admirable célérité de votre miséricorde : vous me torturiez alors par une cruelle souffrance de dents ; et le mal était arrivé à un tel excès, que, ne pouvant plus parler, il me vint à l’esprit d’inviter mes amis présents à vous prier pour moi, ô Dieu, maître de toute santé. J’écrivis mon désir sur des tablettes, et je les leur donnai à lire. A peine la prière eut-il fléchi nos genoux, que cette douleur disparut. Mais quelle douleur ! et comment s’évanouit-elle ? Je fus épouvanté, je l’avoue, Seigneur mon Dieu ; non, de ma vie je n’avais rien éprouvé de semblable. Et cette foi ne me laissa pas en sécurité sur mes fautes passées, que le baptême ne m’avait pas encore remises.
V
Il fait connaître publiquement sa résolution.
Les vacances étant écoulées, je fis savoir aux citoyens de Milan qu’ils eussent à chercher pour leurs enfants un autre vendeur de paroles, parce que j’avais résolu de me consacrer à votre service, une poitrine souffrante et une respiration gênée m’interdisant d’ailleurs l’exercice de ma profession. J’instruisis par lettres votre serviteur, le saint évêque Ambroise, de mes erreurs passées et de mon présent désir, lui demandant quel livre de vos Écritures je devais lire de préférence pour me mieux préparer à l’immense grâce que j’allais recevoir. Il m’ordonna le prophète Isaïe, sans doute comme le plus clair révélateur de l’Évangile et de la vocation des païens. Mais, dès les premières lignes, ne pouvant pénétrer le sens et pensant que le reste me serait également inintelligible, j’en remis la lecture au temps où je serais plus aguerri à la parole du Seigneur.