[209] Ps. CXLII, 2.
[210] Jac., II, 13.
[211] Rom., IX, 16.
Et n’auriez-vous pas déjà fait ce que je vous demande ? je le crois ; mais encore, agréez, Seigneur, cette offrande de mon désir. Car aux approches du jour de sa dissolution, elle ne songea pas à faire somptueusement ensevelir, embaumer son corps ; elle ne souhaita point un monument particulier ; elle se soucia peu de reposer au pays de ses pères ; non, ce n’est pas là ce qu’elle nous recommanda ; elle exprima ce seul vœu, que l’on fît mémoire d’elle à votre autel. Elle n’avait laissé passer aucun jour de sa vie sans assister à ses mystères. Elle savait bien que « là se dispensait la sainte victime par qui a été effacée la cédule qui nous était contraire[212] », et vaincu, l’ennemi qui, dans l’exacte vérification de nos fautes, cherche partout une erreur, et ne trouve rien à redire en l’auteur de notre victoire. Qui lui rendra son sang innocent ? Qui lui rendra le prix dont il a payé notre délivrance ? C’est au sacrement de cette rédemption que votre servante a attaché son âme par le lien de la foi.
[212] Coloss. II, 14.
Que personne ne l’arrache à votre protection ; que, ni par force, ni par ruse, le lion-dragon ne se dresse entre elle et vous. Elle ne dira pas qu’elle ne doit rien, de peur d’être convaincue par la malice de l’accusateur, et de lui être adjugée ; mais elle répondra que sa dette lui est remise par celui à qui personne ne peut rendre ce qu’il a acquitté pour nous sans devoir. Qu’elle repose donc en paix avec l’homme qui fut son unique mari, qu’elle servit avec une patience dont elle vous destinait les fruits, voulant le gagner à vous.
Inspirez aussi, Seigneur mon Dieu, inspirez à vos serviteurs, mes frères, à vos enfants, mes maîtres, que je veux servir de mon cœur, de ma voix et de ma plume, tous tant qu’ils soient qui liront ces pages, inspirez-leur de se souvenir, à votre autel, de Monique, votre servante, et de Patricius, dans le temps son époux, dont la chair, grâce à vous, m’a introduit dans cette vie ; comment ? je l’ignore : qu’ils se souviennent, avec une affection pieuse, de ceux qui ont été mes parents à cette lumière défaillante, mes frères en vous, notre Père, et en notre mère universelle, mes futurs concitoyens dans l’éternelle Jérusalem, après laquelle le pèlerinage de votre peuple soupire depuis le départ jusqu’au retour ; et que, sollicitées par ces confessions, les prières de plusieurs lui obtiennent plus abondamment que mes seules prières cette grâce qu’elle me demandait à son heure suprême.
LIVRE DIXIÈME
Confession du cœur. — Ce qu’il sait avec certitude, c’est qu’il aime Dieu. Il le cherche et le trouve dans sa mémoire ; Puissance incompréhensible dont il décrit les merveilles. Il s’interroge sur la triple tentation de la volupté, de la curiosité et de l’orgueil. Il remet à Notre-Seigneur Jésus-Christ, seul médiateur entre Dieu et les hommes, la guérison des maux de son âme.