(99) La loi (des Juifs) est tout ensemble la plus ancienne loi du monde, etc.

Il est très-faux que la loi des Juifs soit la plus ancienne, puisque avant Moïse, leur législateur, ils demeuroient en Égypte, le pays de la terre le plus renommé par ses sages lois, selon lesquelles les rois étoient jugés après la mort. Il est très-faux que le nom de loi n'ait été connu qu'après Homère; il parle des lois de Minos dans l'Odyssée. Le mot de loi est dans Hésiode; et quand le nom de loi ne se trouveroit ni dans Hésiode, ni dans Homère, cela ne prouveroit rien. Il y avoit d'anciens royaumes, des rois et des juges: donc il y avoit des lois. Celles des Chinois sont bien antérieures à Moïse.

Il est encore très-faux que les Grecs et les Romains aient pris des lois des Juifs. Ce ne peut être dans les commencements de leurs républiques; car alors ils ne pouvoient connoître les Juifs. Ce ne peut être dans le temps de leur grandeur; car alors ils avoient pour ces barbares un mépris connu de toute la terre. Voyez comme Cicéron les traite, en parlant de la prise de Jérusalem par Pompée. Philon avoue qu'avant la traduction imputée aux Septante, aucune nation n'a connu leurs livres. V.

(100) C'est une sincérité qui n'a point d'exemple dans le monde, ni sa racine dans la nature.

Cette sincérité a partout des exemples, et n'a sa racine que dans la nature. L'orgueil de chaque Juif est intéressé à croire que ce n'est point sa détestable politique, son ignorance des arts, sa grossièreté, qui l'ont perdu; mais que c'est la colère de Dieu qui le punit: il pense, avec satisfaction, qu'il a fallu des miracles pour l'abattre, et que sa nation est toujours la bien-aimée du Dieu qui la châtie. Qu'un prédicateur monte en chaire, et dise aux François: «Vous êtes des misérables qui n'avez ni cœur, ni conduite; vous avez été battus à Hochstet et à Ramillies, parce que vous n'avez pas su vous défendre», il se fera lapider. Mais s'il dit: «Vous êtes des catholiques chéris de Dieu; vos péchés infâmes avoient irrité l'Éternel, qui vous livra aux hérétiques à Hochstet et à Ramillies; et quand vous êtes revenus au Seigneur, alors il a béni votre courage à Denain», ces paroles le feront aimer de l'auditoire. V.

(101) La création du monde commençant à s'éloigner, Dieu a pourvu d'un historien contemporain.

Contemporain: ah! V.

(102) Si Moïse eût débité des fables, il n'y eût point eu de Juif qui n'en eût pu reconnoître l'imposture.

Oui, s'il avoit écrit en effet ces fables dans un désert, pour deux ou trois millions d'hommes qui eussent eu des bibliothéques. Mais si quelques lévites avoient écrit ces fables plusieurs siècles après Moïse, comme cela est vraisemblable et vrai!....

De plus, y a-t-il une nation chez laquelle on n'ait pas débité ces fables? V.

(103) Au temps où il écrivoit ces choses, la mémoire en devoit encore être toute récente dans l'esprit de tous les Juifs.

Les Égyptiens, Syriens, Chaldéens, Indiens, n'ont-ils pas donné des siècles de vie à leurs héros, avant que la petite horde juive, leur imitatrice, existât sur la terre? V.