Il y avoit un jeune garçon, de l’âge de dix-sept à dix-huit ans; lequel, étant, à un jour de fête, entré en un couvent de religieuses, en vit quatre ou cinq qui lui semblèrent fort belles, et dont n’y avoit celle[552] pour laquelle il n’eût voulentiers rompu son jeûne; et les mit si bien en sa fantaisie[553], qu’il y pensoit à toutes heures. Un jour, comme il en parloit à quelque bon compagnon de sa connoissance, ce compagnon lui dit: «Sais-tu que tu feras? Tu es beau garçon: habille-toi en fille, et t’en va rendre à l’abbesse; elle te recevra aisément: tu n’es point connu en ce pays ici.» (Car il étoit garçon de métier, et alloit et venoit par pays.) Il crut assez facilement ce conseil, se pensant qu’en cela n’avoit aucun danger qu’il n’évitât bien quand il voudroit. Il s’habille en fille assez pauvrement, et s’avisa de se nommer Toinette. Donc, de par Dieu, s’en va au couvent de ces religieuses, où elle trouva façon de se faire voir à l’abbesse, qui étoit fort vieille, et, de bonne aventure, n’avoit point de chambrière. Toinette parle à l’abbesse, et lui conte assez bien son cas, disant qu’elle étoit une pauvre orpheline d’un village de là auprès, qu’elle lui nomma. Et, en effet, parla si humblement, que l’abbesse la trouva à son gré, et par manière d’aumône la voulut retirer, lui disant que pour quelques jours elle étoit contente de la prendre, et que s’elle vouloit être bonne fille, qu’elle demoureroit là-dedans. Toinette fit bien la sage, et suivit la bonne femme d’abbesse: à laquelle elle sut fort bien complaire, et quant et quant[554] se faire aimer à toutes les religieuses, et même, en moins de rien, elle se print à ouvrer[555] de l’aiguille (car peut-être qu’elle en savoit déjà quelque chose), dont l’abbesse fut si contente, qu’elle la voulut incontinent faire nonne de là-dedans. Quand elle eut l’habit, ce fut bien ce qu’elle demandoit, et commença à s’approcher fort près de celles qu’elle voyoit les plus belles, et, de privauté en privauté, elle fut mise à coucher avec l’une. Elle n’attendit pas la deuxième nuit, que, par honnêtes et aimables jeux, elle fît connoître à sa compagne qu’elle avoit le ventre cornu, lui faisant entendre que c’étoit par miracle et vouloir de Dieu. Pour abréger le conte, elle mit sa cheville au pertuis de sa compagne, et s’en trouvèrent bien et l’une et l’autre; laquelle chose, en la bonne heure, il (dis-je elle) continua assez longuement, et non seulement avec celle-là, mais encore avec trois ou quatre des autres, desquelles elle s’accointa. Et quand une chose est venue à la connoissance de trois ou de quatre personnes, il est aisé que la cinquième le sache, et puis la sixième; de mode, qu’entre ces nonnes (y en ayant quelques-unes de belles, et les autres laides, auxquelles Toinette ne faisoit pas si grande familiarité qu’aux autres), avec maintes autres conjectures, il leur fut facile de penser je ne sais quoi; et y firent tel guet, qu’elles les connurent assez certainement; et commencèrent à en murmurer si avant, que l’abbesse en fut avertie, non pas qu’on lui dît que nommément ce fût sœur Toinette; car elle l’avoit mise là-dedans, et puis elle l’aimoit fort, et ne l’eût pas bonnement cru: mais on lui disoit, par paroles couvertes, qu’elle ne se fiât pas en l’habit, et que toutes celles de léans n’étoient pas si bonnes qu’elle pensoit bien; et qu’il y en avoit quelqu’une d’entre elles qui faisoit déshonneur à la religion, et qui gâtoit les religieuses. Mais quand elle demandoit qui c’étoit et que c’étoit, elles répondoient que, s’elle les vouloit faire dépouiller, elle le connoîtroit. L’abbesse, ébahie de cette nouvelle, en voulut savoir la vérité au premier jour; et, pour ce faire, fit venir toutes les religieuses en chapitre. Sœur Toinette, étant avertie par ses mieux aimées de l’intention de l’abbesse, qui étoit de les visiter toutes nues, attache sa cheville par le bout avec un filet[556] qu’elle tira par derrière; et accoutre si bien son petit cas, qu’elle sembloit avoir le ventre fendu comme les autres, à qui n’y eût regardé de bien près: se pensant que l’abbesse, qui ne voyoit pas la longueur de son nez, ne le sauroit jamais connoître. Les nonnes comparurent toutes. L’abbesse leur fit sa remontrance, et leur dit pourquoi elle les avoit assemblées; et leur commanda qu’elles eussent à se dépouiller toutes nues. Elle prend ses lunettes pour faire sa revue, et en les visitant les unes après les autres, il vint[557] au rang de sœur Toinette; laquelle voyant ces nonnes toutes nues, fraîches, blanches, refaites[558], rebondies, elle ne put être maîtresse de cette cheville, qu’il ne se fît mauvais jeu; car, sur le point que l’abbesse avoit les yeux le plus près, la corde vint rompre; et en débandant tout à un coup, la cheville vint repousser contre les lunettes de l’abbesse, et les fit sauter à deux grands pas loin. Dont la pauvre abbesse fut si surprise, qu’elle s’écria: «Jésus! Maria! Ah! sans faute, dit-elle, et est-ce vous? Mais qui l’eût jamais cuidé être ainsi? Que vous m’avez abusée!» Toutefois, qu’y eût-elle fait? Sinon, qu’il fallut y remédier par patience; car elle n’eût pas voulu scandaliser la religion. Sœur Toinette eut congé de s’en aller avec promesse de sauver l’honneur des filles religieuses.
[NOUVELLE LXV.]
Du régent qui combattit une harengère du Petit-Pont[559] à belles injures.
Un martinet[560] s’en alla, un jour de carême, sus le Petit-Pont, et s’adressa à une harengère pour marchander de la moulue[561]; mais de ce qu’elle lui fit deux liards, il n’en offrit qu’un: dont cette harengère se fâcha, et l’appela injure[562], en lui disant: «Va, va, Joannes[563], porte ton liard aux tripes!» Ce martinet, se voyant ainsi outragé en sa présence, la menace de le dire à son régent. «Et va, marmiton, dit-elle, va le lui dire, et que je te revoie ici, toi et lui.» Ce martinet ne faillit pas à s’en aller tout droit à son régent, qui étoit bon fripon[564], et lui dit: «Per diem, domine[565], il y a la plus fausse[566] vieille sur le Petit-Pont: je voulois acheter de la moulue, elle m’a appelé Joannes.—Et qui est-elle? dit le régent. La me montreras-tu bien?—Ita, domine, dit l’écolier. Et encore m’a-t-elle dit que si y alliez, qu’elle vous renvoiroit bien.—Laisse faire, dit le régent. Per dies[567]! elle en aura.» Ce régent se pensa bien que pour aller vers une telle dame, qu’il ne falloit pas être dépourvu; et que la meilleure provision qu’il pouvoit faire, c’étoit de belles et gentilles injures; mais qu’il lui en diroit tant, qu’il la mettroit ad metam non loqui[568]. Et, en peu de temps, il donna ordre d’amasser toutes les injures dont il se put aviser, y employant encore ses compagnons, lesquels en composèrent tant, en chopinant, qu’il leur sembla qu’il en avoit assez. Ce régent en fit deux rôlets[569], et en étudia un par cœur: l’autre, il le mit en sa manche, pour le secourir au besoin, si le premier lui failloit. Quand il eut bien étudié ses injures, il appela ce martinet, pour le venir conduire jusques au Petit-Pont, et lui montrer cette harengère; et print encore quelques autres galochers[570] avec lui; lesquels, in primis et ante omnia, il mena boire à la Mule[571]; et quand ils eurent bien chopiné, ils s’en vont. Ils ne furent pas si tôt sur le Petit-Pont, que la harengère ne reconnût bien ce martinet; et quand elle les vit ainsi en troupe, elle connut à qui ils en vouloient. «Ah! vois-les là, dit-elle, vois-les là, les gourmands: l’école est effondrée.» Le régent s’approche d’elle, et lui vient heurter le baquet où elle tenoit ses harengs, en disant: «Hé! que faut-il à cette vieille damnée?—Oh! le clerice, dit la vieille, es-tu venu assez tôt pour te prendre à moi?—Qui m’a baillé cette vieille maquerelle? dit le régent. Par la lumière! c’est à toi, voirement, à qui j’en veux.» En disant cela, il se plante devant elle, comme voulant escrimer à beaux coups de langue. La harengère, se voyant défiée: «Merci Dieu! dit-elle, tu en veux donc avoir, magister crotté? Allons, allons par ordre, gros baudet, et tu verras comment je t’accoutrerai. Parle, c’est à toi.—Allez, vieille sempiterneuse, dit le régent.—Va, ruffien.—Allez, vilaine.—Va, maraud.» Incontinent qu’ils furent en train, je m’en vins, car j’avois affaire ailleurs. Mais j’ai ouï dire à ceux qui en savent quelque chose, que les deux personnages combattirent vaillamment, et s’entredirent chacun une centaine de bonnes et fortes injures d’arrache-pied; mais il advint au régent d’en dire une deux fois, car on dit qu’il l’appela vilaine pour la seconde fois. Mais la harengère lui en fit bien souvenir. «Merci Dieu! dit-elle, tu l’as déjà dit, fils de putain que tu es!—Eh bien, bien! dit le régent: n’es-tu pas bien vilaine deux fois, voire trois?—Tu as menti, crapaud infect!» Il faut croire que le champion et la championne furent tout un temps à se battre si vertueusement, que ceux qui les regardoient ne savoient qui devoit avoir du meilleur. Mais, à la fin, le régent étant au bout de son premier rôlet, va tirer l’autre de sa manche, lequel il ne savoit pas par cœur, comme l’autre; et, pour ce, il se troubla un petit, voyant que la harengère ne faisoit que se mettre en train; et se va mettre à lire ce qui étoit dedans, qui étoient injures collégiales, et le vouloit dépêcher tout d’une traite, pour penser étonner la vieille, en lui disant: «Alecto, Megera, Tisiphone, détestable, exécrable, infande[572], abominable.» Mais la harengère le va interrompre, disant: «Ha! merci, Dieu! tu ne sais plus où tu en es. Parle bon françois, je te répondrai bien, grand niais, parle bon françois. Ah! tu apportes un rôlet! Va étudier, maître Jean, va, tu ne sais pas ta leçon.» Et la déesse[573], comme à un chien, abboie, et toutes ces harengères se mettent à crier sur lui, et le pressent tellement, qu’il n’eut rien meilleur que se sauver de vitesse; car il eût été accablé, le pauvre homme. Et, pour certain, il a été trouvé que, quand il eût eu un Calepin[574], un vocabulaire, un dictionnaire, un promptuaire, un trésor d’injures, il n’eût pas eu la dernière de cette diablesse. Par ainsi, il s’en alla mettre en franchise[575] au collége de Montaigu[576], courant tout d’une halenée, sans regarder derrière soi.
[NOUVELLE LXVI.]
De l’enfant de Paris qui fit le fol pour jouir de la jeune vefve, et comment elle, se voulant railler de lui, reçut une plus grande honte.
Un enfant de Paris, d’assez bonne maison, jeune, dispos, et qui se tenoit propre de sa personne, étoit amoureux d’une femme vive, bien jolie, et qui étoit fort contente de se voir aimée, donnant toujours quelques nouveaux attraits[577] à ceux qui la regardoient, et prenant plaisir à faire l’anatomie des cœurs des jeunes gens; mais elle ne faisoit compte, sinon de ceux que bon lui sembloit, et encore des moins dignes, et, par sus tous, elle vous savoit mener ce jeune homme, dont nous parlons, de telle ruse, qu’elle sembloit tout vouloir faire pour lui. Il parloit à elle seul à seule; il manioit le tetin et baisoit, voire et touchoit bien souvent à la chair, mais il n’en tâtoit point; tellement qu’il mouroit tout en vie auprès d’elle. Il la prioit, il la conjuroit, il lui présentoit[578]; mais il ne pouvoit rien avoir, fors qu’une fois, ainsi comme ils devisoient ensemble en privé[579], et qu’il lui contoit bien expressément son cas, elle lui va dire: «Non, je n’en ferai rien, si vous ne me baisez le derrière;» disant le mot tout outre, mais pensant en elle qu’il ne le feroit jamais. Le jeune homme fut fort honteux de ce mot; toutefois, lui, qui avoit essayé tant de moyens, se pensa qu’il feroit encore cela, et qu’aussi bien personne n’en sauroit rien; et lui répondit, s’il ne tenoit qu’à cela pour lui complaire, qu’il n’en feroit point de difficulté. La dame étant prinse au mot, l’y print aussi, et se fait baiser le derrière sans feuille. Mais quand ce fut à donner sus le devant, point de nouvelles: elle ne fit que se rire de lui, et lui dire les plus grandes moqueries du monde, dont il cuida désespérer et s’en départit le plus fâché que fut jamais homme, sans toutefois se pouvoir départir d’alentour d’elle, fors qu’il s’absenta pour quelque temps, de honte qu’il avoit de se trouver non seulement devant elle, mais devant les gens, comme si tout le monde eût dû connoître ce qui lui étoit advenu. Une fois, il s’adressa à une vieille qui connoissoit bien la jeune dame, et lui dit sus le propos de son affaire: «Viens çà! N’est-il possible que j’aie cette femme-là? Ne saurois-tu inventer quelque bon moyen pour me tirer de la peine où je suis? Assure-toi, si tu la me veux mettre en main, que je te donnerai la meilleure robe que tu vêtis de ta vie.» La vieille l’en reconforta[580] et lui promit d’y faire tout ce qu’elle pourroit, lui disant que s’il y avoit femme en Paris qui en vînt à bout, qu’elle en étoit une. Et, de fait, elle y fit ses efforts, qui étoient bons et grands. Mais la vefve qui étoit fine, sentant que c’étoit pour ce jeune homme, n’y voulut entendre en sorte quelconque, peut-être l’espérant avoir en mariage, ou pour quelque autre respect[581] qu’elle se réservoit, car les rusées ont cette façon de tenir toujours quelqu’un des poursuivants en langueur, pour faire couverture à la jouissance qu’elles donnent aux autres. Tant y a que la vieille n’y sut rien faire et s’en retourna à ce jeune homme, lui disant qu’elle y avoit mis toutes les herbes de la Saint-Jean[582]; mais dit qu’il n’y avoit ordre, sinon qu’à son avis, s’il vouloit se déguiser, comme s’habiller en pauvre et aller demander l’aumône à la porte de sa dame, qu’il en pourroit jouir. Il trouva cela faisable: «Mais quel moyen me faudra-t-il tenir? disoit-il.—Savez qu’il vous faut vous faire? dit la vieille. Il faut que vous vous barbouilliez le visage, de peur qu’elle vous connoisse, et puis que vous fassiez le fol, car elle est merveilleusement fine.—Et comment ferai-je le fol? dit le jeune homme.—Que sais-je, moi? dit-elle. Il faut toujours rire et dire le premier mot que vous aviserez, et ne dire que cela, quelque chose qu’on vous demande.—Je ferai bien ainsi,» dit-il. Et avisèrent, la vieille et lui, qu’il riroit toujours et ne parleroit que formage[583]. Il s’habille en gueux, et s’en va à la porte de sa dame à une heure du soir que tout le monde commençoit à se retirer; et faisoit assez froid, combien que ce fût après Pâques. Quand il fut à la porte, il commença à crier assez haut en riant: «Ha, ha, formage!» jusques à deux ou trois fois; et puis il se pausoit un petit[584], recommençoit son «Ha, ha, formage!» tant que la vefve, qui avoit sa chambre sur la rue, l’entendit et y envoya sa chambrière pour savoir qui il étoit et qu’il vouloit. Mais il ne répondit jamais, sinon: «Ha, ha, formage!» La chambrière s’en retourne à la dame, et lui dit: «Mon Dieu, ma maîtresse, c’est un pauvre garçon qui est fol: il ne fait que rire et ne parle que de formage.» La dame voulut savoir que c’étoit, et descend, et parle à lui: «Qui êtes-vous, mon ami?» Et ne lui dit autre chose que: «Ha, ha, formage!—Voulez-vous du formage? dit-elle.—Ha, ha, formage!—Voulez-vous du pain?—Ha, ha, formage!—Allez-vous-en, mon ami, retirez-vous.—Ha, ha, formage!» La dame, le voyant ainsi idiot: «Perrette, dit-elle, il mourra de froid cette nuit; il le faut faire entrer, il se chauffera.—Mananda[585]! dit-elle, c’est bien dit, madame.—Entrez, mon ami, entrez; vous vous chaufferez.—Ha, ha, formage!» disoit-il. Et entra cependant, en riant et de bouche et de cœur, car il pensa que son cas commençoit à se porter bien. Il s’approcha du feu, là où il montroit ses cuisses à découvert, charnues et refaites, que la dame et la chambrière regardoient d’aguignettes[586]. Elles l’interrogeoient s’il vouloit boire ou manger; mais il ne disoit que: «Ha, ha, formage!» L’heure vint de se coucher. La dame, en se déshabillant, disoit à sa chambrière: «Perrette, il est beau garçon; c’est dommage de quoi il est ainsi fol.—Mananda! disoit la garce; c’est mon[587], madame; il est net comme une perle.—Mais si nous le mettions coucher en notre lit, dit la dame; à ton avis?» La chambrière se print à rire: «Et pourquoi non? Il n’a garde de nous déceler, s’il ne sait dire autre chose.» Somme, elles le font déshabiller, et n’eut point besoin de chemise blanche, car la sienne n’étoit point sale, sinon par aventure déchirée, et le firent coucher gentiment entre elles deux. Et mon homme dessus sa dame; et à ce cul, et vous en aurez. La chambrière en eut bien quelques coups; mais il montra bien que c’étoit à la dame à qui il en vouloit. Et, cependant, n’oublioit jamais son Ha, ha, formage! Le lendemain, elles le mirent dehors, de bon matin, et s’en va vie[588]. Et depuis, il continua assez de fois à y retourner pour le prix, dont il se trouva fort bien et ne se fit oncques connoître par le conseil de la vieille. De jour, il reprenoit ses habits ordinaires, et se trouvoit auprès de sa dame, devisant avec elle à la mode accoutumée, la poursuivant comme devant, sans faire autre semblant nouveau. Le mois de mai vint, pour lequel ce jeune homme se voulut habiller d’un pourpoint vert, de chausses vertes et bonnet vert; disant à sa dame que c’étoit pour l’amour d’elle: ce qu’elle trouva fort bon, et lui dit que, en faveur de cela, elle le mettroit en bonne compagnie de dames, le premier jour qu’il viendroit à propos. Étant en cet état, se trouva en une compagnie de dames, entre lesquelles étoit la sienne; et aussi y étoient d’autres jeunes gens, lesquels étoient en un jardin, assis en rond, hommes et femmes entremêlés un pour une, et ce jeune homme étoit auprès de sa dame. Il fut question de faire des jeux de récréation, par l’avis même de la jeune vefve, laquelle étoit femme inventive et de bon esprit, et avoit d’assez longue main pensé en soi-même par quel moyen elle se gaudiroit[589] de son jeune homme, qu’elle cuidoit bien avoir trompé à cette fois-là. Car elle ordonna un jeu, que chacun eût à dire quelque bref mot d’amour, ou d’autre chose gentille, selon ce qu’il lui conviendroit le mieux et que lui viendroit en fantaisie. Ce qu’ils firent tous et toutes en leur rang. Quand il toucha à la vefve à parler[590], elle vint dire, d’une grâce affaitée, ce qu’elle avoit prémédité dès le paravant:
Que diriez-vous d’un vert vêtu,