[NOUVELLE CVII.]
De l’apprenti larron qui fut pendu pour avoir trop parlé[831].
Un apprenti larron, étant entré par le toit en une maison, pour voir s’il ne trouveroit point quelque bonne aventure, fut découvert par ceux qui étoient dedans, à raison du bruit qu’il avoit mené y entrant: qui fut occasion que les voisins d’entour s’assemblèrent pour voir que c’étoit. Mais le larron, voyant que chacun entroit à foule pour le chercher, descendit par quelques adresses qu’il avoit remarquées, et se vint rendre parmi la foule du peuple qui entroit pour le chercher; et, par ce moyen, se garda d’être découvert. Un peu après qu’il eut vu le bruit apaisé, et qu’on ne cherchoit plus le larron, d’autant qu’on pensoit qu’il fût échappé, se délibéra de sortir par la porte; feignant être demeuré seul pour le chercher, ne craignant aucunement d’être connu. Mais, par faute d’être maître de sa langue, il se donna lui-même à connoître, et se mit la corde au col; car, ainsi qu’il pensoit sortir, ayant rencontré plusieurs à la porte qui devisoient du larron, en le maudissant, vint à le maudire aussi, disant qu’il lui avoit fait perdre son bonnet. Or, faut-il noter que, pendant que ce rustre tâchoit à se sauver, fuyant tantôt çà, et tantôt là, son bonnet lui étoit tombé: lequel on avoit gardé en espérance qu’il donneroit des enseignes du larron. Quand on lui eut ouï dire cela, on entra incontinent en soupçon, tellement qu’il fut prins, et incontinent pendu, pour avoir trop parlé.
[NOUVELLE CVIII.]
De celui qui se laissa pendre sous ombre de dévotion[832].
Un certain prévôt de par le monde, voulant sauver la vie à un larron qui étoit tombé entre ses mains, à l’intention qu’il participeroit au butin, comme aussi ils en étoient d’accord; en considérant, d’autre part, qu’il en seroit reprins, et que le murmure seroit grand s’il n’en faisoit justice, et même qu’il se mettoit en grand danger, usa de ce moyen. C’est qu’il fit prendre un pauvre homme, auquel il dit qu’il y avoit long-temps qu’il le cherchoit; et que c’étoit lui qui avoit fait un tel acte, et un tel. Cet homme ne faillit à lui nier fort et ferme, comme celui qui avoit la concience nette de tout ce qu’on lui mettoit à sus[833]. Mais ce prévôt, étant résolu de passer outre, lui fit remontrer qu’il gagneroit bien mieux de confesser (puisque, aussi bien, ainsi qu’en çà, il lui falloit perdre la vie), et que, s’il le confessoit, le prévôt s’obligeroit par son serment de lui faire tant chanter de messes, qu’il pourroit être assuré d’aller en paradis; au lieu qu’en ne confessant point, il ne laisseroit d’être pendu, et si iroit à tous les diables; d’autant qu’il n’y auroit personne qui fît chanter pour lui une seule messe. Ce pauvre homme, oyant parler d’être pendu, et puis aller à tous les diables, se trouva fort étonné, et aima mieux être pendu et aller en paradis; tellement qu’en la fin il vint à dire qu’il ne se souvenoit point d’avoir fait ce de quoi on le chargeoit; toutefois, que si on s’en souvenoit mieux que lui, et on en étoit bien assuré, il prendroit la mort en gré; mais qu’il prioit qu’on lui tint promesse touchant les messes. Et n’eut plus tôt dit le mot, qu’on le mena tenir la place de l’autre, qui avoit mérité la mort. Mais quand il fut à l’échelle, et que la fièvre commença à le saisir, il entra en des propos par lesquels il donnoit à entendre qu’il se repentoit, nonobstant ce qu’on lui avoit promis. Pour à quoi remédier, le prévôt, qui craignoit qu’il ne le décelât au peuple, fit signe au bourreau qu’il ne lui laissât achever: ce qui fut fait. Et ainsi fut pendu sous ombre de dévotion ce pauvre homme.
[NOUVELLE CIX.]
D’un curé qui n’employa que l’autorité de son cheval pour confondre ceux qui nient le purgatoire[834].