Elle l’avait amené dehors et marchait avec lui sur la pelouse lisse comme du velours, douce aux pieds et reposante aux yeux. Le jardin étroit et long, descendant jusqu’à la rivière, était rempli de fleurs odorantes, d’arbustes délicats ; de gros arbres donnaient une ombre généreuse ; il émanait de la terre, à l’heure du soir, un arome subtil. L’eau en bas clapotait avec une vibration joyeuse. Albéric saisit le poignet de Mme Duran, et le serra à le meurtrir. Elle coula vers lui un regard chaud qui parut s’échapper à regret de dessous ses lourdes paupières, et murmura :
— Non, ne faites pas cela, on verrait la marque sur mon bras.
Et elle éleva son beau bras afin de le regarder de près.
Les lèvres rouges d’Albéric étaient tendues sous sa moustache noire ; ses yeux ardaient de vie et de passion : le désir le rendait beau sans le rendre sauvage. Il dit à Mme Duran :
— Comme vous me plaisez ! Je vous veux.
Elle rit et, sans se fâcher, lui répondit en anglais, car elle parlait mal le français qu’elle comprenait parfaitement :
— Vous allez trop vite.
— Jamais trop vite.
— Mais vous oubliez que j’attends du monde à dîner et que mon mari est là.
— S’il n’était pas là ? interrogea Albéric en la frôlant de l’épaule à la pointe des pieds.