Mais nurse Rice, plus pratique, ajouta :
— Oh ! miss Charmoy, pourquoi ne dites-vous pas à votre amie de rester coucher ? qu’elle vienne donc du samedi au lundi, puisqu’elle est occupée dans la semaine.
L’idée plut à Sylvaine, qui cependant, hésitante, répondit :
— Mais mon oncle ?
— Le colonel sera enchanté assurément. N’est-ce pas, colonel, vous serez charmé de voir miss Nelly Holt ?
— Certainement.
— Vous entendez, miss Charmoy. Je vous conseille de prendre la chose sur vous ; vraiment une visite vous fera du bien. La distraction est indispensable à la santé.
Nurse Rice elle-même éprouvait le besoin de varier son régime, et miss Holt, journaliste et militante, lui était d’avance une personnalité sympathique ; nurse Rice se résignait avec abnégation à devenir un sujet de copie. Fille d’un petit solicitor de province, miss Rice avait grandement élargi son horizon en adoptant la profession de nurse, et s’était ouvert le champ à de nombreuses possibilités avantageuses ; elle était extrêmement zélée, précisément parce qu’elle était extrêmement intéressée !
Nelly Holt fut donc la bienvenue ; Sylvaine alla la prendre à la gare, et la vue d’un visage connu, quoique depuis si peu de temps, lui fut un réel plaisir. La jeune journaliste, très soignée, très élégante dans son costume tailleur, pourvue du sac de voyage le plus pratique, aborda Sylvaine avec grande cordialité ; son œil clair la dévisagea, et tout de suite elle lui dit de sa voix décidée :
— Vous me paraissez dans le marasme.