Sylvaine protesta.

— Mais si, et cela devait être ; rien à faire que du crochet, si cela vous amuse, et la société du colonel Hurstmonceaux ; je vous le demande, qui supporterait ce régime ?

— J’aime beaucoup la campagne et les fleurs.

— Bêtises que tout cela ; la campagne sans autre est bonne pour les vaches que nous voyons là, et pour ces moutons qui paissent ; mais des êtres humains ! Il faut un intérêt, et vous n’avez pas ici le moindre intérêt. Drôle d’idée qu’ils ont eue de vous enfermer ici en compagnie de votre oncle dans une jolie cage. Vous eussiez été bien mieux avec Mme Hurstmonceaux. Que ne m’a-t-elle offert de voyager avec elle ? Je n’aurais pas fait de cérémonies, je vous assure, ni écouté Mme Gascoyne. Je vous demande un peu ce que cela peut vous faire que les amies de Mme Hurstmonceaux soient plus ou moins émancipées… en quoi cela vous regarde-t-il ? Est-ce que lady Longarey n’est pas délicieuse ? Non, on veut vous tyranniser, je l’ai dit à Kathleen, et moi, je mets mon point d’honneur à ne pas laisser tyranniser ma semblable. Je suis venue ici pour vous faire la leçon et vous aider à vous affranchir.

— N’importe pourquoi vous êtes venue, vous me faites grand plaisir.

Sylvaine s’efforçait de surmonter sa timidité, toute ranimée par le contact de cette créature vivante et franche, et qui paraissait se posséder si parfaitement. Du reste, il n’y avait pas d’effort à faire : miss Holt se présenta elle-même au colonel qu’elle ne fit qu’entrevoir, car il avait été décidé qu’il ne paraîtrait pas au dîner. Nurse Rice et elle se donnèrent tout de suite une cordiale poignée de main, comme personnes se reconnaissant du même bord.

XXV

Nurse Rice s’était informée si miss Holt se rendait à l’église le matin ou le soir.

— Je n’irai pas du tout, avait-elle répondu tranquillement.

Ceci se passait à déjeuner. Sarah, la parlourmaid, ravie de la venue d’un visiteur, avait orné la table de roses, et miss Holt en piqua une délibérément à la dernière boutonnière de son corsage, tout en demandant à Sylvaine :