— Certainement, si je pratiquais une religion, je voudrais que ce fût la religion catholique.
— Vous n’avez pas de religion ? demanda Sylvaine étonnée.
— Non, je n’en ai pas et me dispense de l’hypocrisie de paraître en avoir : enfin, si la vôtre vous rend heureuse…
— Je ne sais pas si elle me rend heureuse ; j’y crois, voilà tout.
— Et je ne sais pas si je dois vous féliciter. Toutes ces chimères dont on embarrasse la vie sont au fond très pesantes ; mais vous n’avez pas encore commencé à vivre par vous-même.
— Ma grand’mère avait vécu et avait conservé la foi.
— Elle le pensait, ce qui revient au même… ce sont des questions si délicates. Il y a des personnes qui ont besoin de poésie dans la vie ; moi, je n’en ai pas besoin, la réalité me suffit.
— Vous ne croyez pas à l’âme ?
— L’âme, l’esprit, la raison, tout cela c’est tout bonnement la vie. Je crois que je vis momentanément et que vous vivez, et c’est la seule chose qui me préoccupe. Je m’efforce de faire agir toutes mes facultés et de les développer.
Sylvaine ne répondit pas ; elle ne se sentait pas assez armée pour défendre ses convictions, et même elle mettait une sorte de pudeur à ne pas le faire.