Sylvaine alla retrouver son oncle ; il était plaintif et agité ; elle eut beaucoup de peine à l’apaiser. Il demeurait sous l’impression que miss Holt venait chercher Sylvaine, et l’affirmation contraire ne semblait lui faire aucun effet. A plusieurs reprises, il demanda à Sylvaine :

— Vous ne me quitterez pas ? Promettez-moi de ne pas me quitter.

— Mais non, oncle Robert, soyez tranquille, je ne vous quitterai pas.

Elle le disait des lèvres, avec une volontaire protestation de tout son être.

Quand elle se retrouva au jardin avec Nelly Holt, Sylvaine ne put se défendre de lui raconter la crainte de son oncle. Nelly se tenait devant le cadran solaire qu’elle contemplait.

— Ces gens-là choisissaient singulièrement leurs devises ; ceux qui ont fait inscrire celle-ci vous diraient sans doute de ne pas quitter votre oncle, vous encourageraient à vous martyriser. Moi je vous dis tout le contraire ; le colonel Hurstmonceaux est un vieux viveur…

— Miss Holt !

— Vous savez parfaitement qu’il n’est pas respectable, et le fait d’avoir eu une attaque ne l’a pas rendu tel. Il est déjà bien chanceux d’être pourvu d’une nurse Rice ; c’est tout ce qui lui est nécessaire, sans revendiquer en plus le droit de vous confisquer. Vous ne devez pas tenir à l’argent ; pourquoi restez-vous chez Mme Hurstmonceaux ?

— Mais je ne suis pas majeure, je dépens de mon tuteur.

— Pensez-vous sérieusement qu’il vous ferait chercher par la police si vous alliez vivre où il vous plaît ?