— Je ne sais pas ; je ne me suis jamais fait ces questions.

— A votre âge une femme qui n’est pas ignorante peut toujours posséder son indépendance… On travaille, dit résolument Nelly en se cambrant. Voyez-moi ; je n’ai au monde que 1,200 francs par an d’assurés, et je suis libre comme l’air. Personne ne me commande ; je ne relève que de moi-même.

— Mais c’est que… je ne saurais pas…

— Alors, pourquoi n’épousez-vous pas votre cousin ? Je vous ai observés tous deux chez Mme Gascoyne ; je me figure que vous aimeriez l’épouser.

— Mon cousin me regarde uniquement comme une sœur, dit Sylvaine en pâlissant.

— Ah ! qu’est-ce que vous comptez faire alors ? Passer les meilleures heures de votre jeunesse à distraire le colonel Hurstmonceaux ou à tenir compagnie à Mme Hurstmonceaux ? Prenez garde que celle-là n’arrive à vous détester un jour !

— Moi ! Pourquoi ?

— Mais parce que vous êtes jeune et que vous avez tout ce qu’elle n’a plus.

— Elle est très bonne pour moi.

— Pour ce que cela lui coûte ! Mais elle a tout gagné de vous avoir à son côté. Seulement, à mon avis, je trouve que ce n’est pas votre place.