— Non, adieu.
Il lui serra la main avec familiarité ; puis, d’un coup de tête sec il salua le colonel.
Blunt le vit disparaître avec un plaisir infini ; intérieurement, il bouillonnait de la hardiesse d’Archie Elliot. Il aurait peut-être bien celle de faire la cour à miss Charmoy ?
Il la contempla avec délice. Un col de crêpe blanc allégeait le noir de la robe de Sylvaine, et elle lui parut, avec son air pâle et fragile, absolument enchanteresse. Il eût voulu sur l’heure se mettre à genoux devant elle ; lui dire qu’il l’adorait, lui offrir de faire d’elle la plus heureuse femme du monde si un dévouement sans limite mis au service d’une grande fortune pouvait y contribuer. Il n’osa pas, mais il osa la regarder avec émotion, et la voix un peu troublée il lui dit :
— J’ai fait beaucoup de changements dans ma vie depuis que je vous ai vue.
— Ah ! dit Sylvaine intimidée.
— Oui. D’abord, en me retrouvant chez moi à la campagne, j’ai compris que j’étais coupable de n’y aller jamais, car j’ai en mon pouvoir d’y accomplir beaucoup de bien… Alors, j’ai tout organisé pour y retourner régulièrement, et j’ai demandé à ma sœur, une chère vieille fille qui vivait retirée et que je n’appréciais pas assez, de venir tenir ma maison. Elle a eu la bonté de consentir, et elle est arrivée avec moi à Charles Street. J’espère maintenant que vous y viendrez puisque ma sœur sera là pour vous recevoir. Elle sera si heureuse de vous connaître, mademoiselle Sylvaine !
Elle sourit de l’appellation.
— Vous permettez que je vous nomme ainsi ?
— Mais certainement. Ah ! je comprends que vous soyez content d’avoir votre sœur avec vous ; c’est si triste de se sentir sans proche parent… seule… Et elle baissa la tête, accablée…