Archie Elliot, discrètement, s’occupait de Sylvaine. Comme elle était encore faible et devait éviter de sortir par le mauvais temps, elle lisait beaucoup, et il présidait à ses lectures ; il lui en faisait même à haute voix parfois, et Mme Hurstmonceaux n’avait paru y voir aucun inconvénient. Dans ses visites quotidiennes à la maison de Portman Square, il était devenu tout naturel pour Archie Elliot, si Mme Hurstmonceaux était absente, de monter rendre visite à miss Charmoy, qui se tenait dans le salon de sa tante.
Il s’y trouvait un après-midi particulièrement morose, et Sylvaine, contente d’avoir une société, lui avait offert le thé. Ils causaient amicalement, et presque gaiement, car le grand souci d’Archie était d’amuser Sylvaine qu’il devinait en proie à une mélancolie latente, quand la porte s’ouvrit, et le colonel Blunt fut annoncé. Il s’avança très cordial et empressé vers Sylvaine, jetant en même temps un regard étonné sur Archie ; celui-ci s’était levé et dominait le colonel de sa haute taille : plus statuesquement beau que jamais, avec son teint de femme et ses cheveux bouclés, le favori des belles dames ne se trouva aucunement embarrassé par le mépris caché qu’il démêla dans la réception assez froide du colonel qui, avec sa petite taille, son visage fin, mais flétri, et ses yeux bleus aux paupières fatiguées, paraissait insignifiant, malgré son élégance très virile, à côté du superbe jeune homme. Néanmoins, le sentiment de sa position et de sa fortune, la grande habitude du monde, son tact averti, lui donnaient une aisance qui lui permit de tenir pour négligeable la présence de M. Elliot, dont il trouvait l’intimité avec Sylvaine au moins fâcheuse.
Il s’adressa à elle exclusivement pour lui apprendre qu’il revenait seulement du Yorkshire, ayant été obligé d’y rester beaucoup plus tard qu’il ne prévoyait d’abord.
— Alors, vous n’avez pas été en Allemagne ? dit Sylvaine étonnée.
— Non, mais je m’imaginais que vous le saviez, puisque votre cousin a passé quelques jours à Hombourg.
Sylvaine rougit sans rien répondre.
— On m’a appris que vous aviez été malade, continua le colonel, et j’en ai été véritablement affligé.
Sylvaine remercia, et comme l’entretien se prolongeait en duo, Sylvaine étant incapable d’y faire entrer Archie Elliot, celui-ci, qui avait pris un journal, finit par lui dire :
— Je pense que nous ne finirons pas la lecture aujourd’hui ; alors, je reviendrai demain.
— Vous n’attendez pas ma tante ? demanda Sylvaine timidement.