— Comment pourrai-je le revoir ?
— Sylvaine, vous avez mon secret, vous ne devez pas le trahir… Et maintenant vous savez pourquoi je préfère que vous alliez chez Mme Caulfield. Moi, demain, je m’absenterai… Vous serez sans doute partie de Londres lorsque je reviendrai… Vous tâcherez de me pardonner, Sylvaine… J’avais voulu vous aider, insensée que j’étais ; j’avais deviné vos sentiments ; je croyais pouvoir vous guider, vous rapprocher de lui… et c’est moi… Du reste, tel qu’il est, il ne vous aurait pas rendue heureuse ; ne le regrettez pas.
Sylvaine ne répondait que par des larmes. Un chagrin aigu remplissait son âme ; la terre soudain lui manquait, et sans un regret, pendant quelques secondes, elle désira véhémentement la mort.
Nelly s’était relevée, Sylvaine la regarda à la dérobée : elle lui apparaissait maintenant comme une sorte d’énigme mystérieuse… Elle avait aimé Albéric, et lui aussi l’avait aimée… Elle avait commis un terrible péché ; elle avait forfait à cet honneur de femme que Sylvaine avait été élevée à tenir plus précieux que la vie… Et Nelly ne lui faisait pas horreur ! Elle en avait compassion. Oh ! quel avait été le crime d’Albéric ! Albéric qu’elle croyait si bon… qu’elle chérissait il n’y a qu’un moment…
Nelly reprit d’une voix qui trahissait sa profonde émotion :
— Nous nous dirons adieu, petite Sylvaine ; j’aime mieux ne pas vous revoir.
— Oh ! Nelly, vous m’écrirez, vous m’écrirez quelquefois.
— Si vous le souhaitez, oui… J’ai gâté votre vie, mais je ne pouvais pas honnêtement me taire.
— Non, vous ne le pouviez pas.
— Bonsoir, Sylvaine.