Il se présentait là un dénouement qui mettrait fin à tous les vagues racontars, car le départ de Sylvaine quittant d’une façon si imprévue la maison de sa tante n’avait pas été sans provoquer un vif étonnement, et dans les clubs on s’en était occupé pendant quelques jours. Archie Elliot, en particulier, avait été questionné, mais était demeuré impénétrable ; on murmurait bien quelque chose d’une querelle dont il aurait été le prétexte, mais rien ne se précisait.
Mme Hurstmonceaux, guérie de sa grave maladie, avait revu ses amis ; tacitement on avait été d’accord pour ne pas lui parler de Sylvaine. Du reste, Archie Elliot s’était retrouvé à son poste, évidemment plus en faveur que jamais, et personne ne doutait que Mme Hurstmonceaux n’en fît prochainement le successeur du colonel ; lui-même le laissait entendre. Mme Gascoyne, mise au courant, ne se consolait pas d’avoir franchi le seuil d’une pareille maison, et la vue de l’écusson des Hurstmonceaux s’étalant à la façade en signe de deuil l’exaspérait quand, par hasard, elle passait par là ; elle attendait presque avec impatience la nouvelle du mariage de Mme Hurstmonceaux afin de le voir disparaître.
Le colonel Blunt avait été le premier confident de la douleur indignée de Mme Hurstmonceaux. En qualité d’exécuteur testamentaire, il avait été admis à la voir aussitôt que sir Hugh Marner l’avait cru possible, se chargeant de lui apprendre la perte qu’elle venait de faire. Alors, sans le laisser finir, elle avait traité Hurstmonceaux d’assassin et sa nièce de fille perdue.
— Je l’ai surprise avec Archie ; vous entendez, dans les bras d’Archie.
Le colonel Blunt s’était redressé et, pâle comme un linge, regardant Mme Hurstmonceaux dans les yeux, il lui avait dit d’une voix dure :
— Je vois que vous avez encore le délire, madame Hurstmonceaux.
— Le délire ?
— Oui, assurément. Vous avez eu une fièvre cérébrale, vous avez rêvé toutes ces choses ; mais on ne vous permettra de voir personne tant que vous serez dans cet état.
— Qui m’en empêchera ?
— Mais sir Hugh Marner, sur l’avis de vos meilleurs amis, dont je suis.