— Sylvaine a été élevée dans des idées de grande délicatesse, et le jeune Gardonne m’inspire peu de confiance ; il s’est tenu abominablement mal avec cette effrontée Mme Duran.

— C’est vrai.

— Nelly n’est pas une personne à cacher une vérité parce qu’elle est désagréable à entendre. Dites-moi, comment Sylvaine accueille-t-elle Cecil Blunt ?

— Bien, mais elle n’a pas le plus lointain soupçon qu’il puisse songer à l’épouser.

— Il faut l’y préparer ; ce sera pour elle, après tout, un très beau mariage et elle lui fera grand honneur.

— Vous n’imaginez pas combien vous me soulagez, Gladys. Je m’explique maintenant l’attitude de Sylvaine ; vous devez avoir deviné, car elle paraît très occupée de Nelly ; elle demande constamment à Kathleen si elle n’en a pas de nouvelles.

— Ne doutez pas que je n’aie raison ; du reste, rien n’empêche d’écrire à Nelly, et moi-même, en choisissant mon moment, je causerai avec Sylvaine, et je suis persuadée que j’arriverai à la confesser.

— Peut-être…

— J’en suis convaincue.

Mme Gascoyne continuait à prendre beaucoup d’intérêt à Sylvaine, mais néanmoins ses sentiments n’étaient plus tout à fait les mêmes ; elle lui en avait voulu de l’esclandre provoqué par Mme Hurstmonceaux ; il lui semblait qu’avec plus de sang-froid Sylvaine aurait dû s’en mieux tirer ; et puis, elle avait perdu sa qualité d’héritière. A vrai dire cependant, elle paraissait être de ceux auxquels la fortune s’attache par grâce d’état, et la recherche du colonel Blunt était flatteuse pour la famille.