— Ça, c’est une petite ruse. Oh ! elle est très fine… Elle sait se faire valoir.
— Tu n’as jamais été bienveillante pour elle, Sophie.
— Que veux-tu, j’y vois clair, c’est un malheur souvent. Sois convaincu pourtant que je suis enchantée de son bonheur ; et puis, te voilà, mon pauvre ami, soulagé d’un grand souci, car enfin cette enfant était une responsabilité.
L’honnêteté naturelle de M. Gardonne lui fit répondre :
— Elle ne m’a pas coûté beaucoup jusqu’ici.
— Possible, mais il y avait l’avenir ; je ne te cache pas que je redoutais l’avenir.
M. Gardonne sortit de la chambre de sa femme pour aller chercher ailleurs quelqu’un qui comprendrait mieux ses sentiments ; il rencontra Albéric au bas de l’escalier, Albéric guêtré, le chapeau mou mis en arrière avec une bonne grâce rustique qui sembla charmante à son père. Comment une femme n’était-elle pas amoureuse d’un garçon comme celui-là ?
L’intention de M. Gardonne avait été de ménager la sensibilité de son fils, car il était persuadé que le mariage de Sylvaine le chagrinerait ; mais son impatience alla plus vite que sa prudence. Il entraîna Albéric dans la petite pièce du rez-de-chaussée qui lui servait de cabinet de travail, et lui dit sans autre préambule :
— Qui crois-tu que Sylvaine épouse ?
Albéric eut un tressaillement.