— Elle se marie.

— Elle se marie ? Avec qui, grand Dieu ?

M. Gardonne passa à sa femme la lettre de Mme Gascoyne, afin qu’elle en prît connaissance. Mme Gardonne parcourait, le visage un peu contracté… car si rien ne pouvait lui être plus agréable que la certitude de l’établissement au loin de Sylvaine, son caractère jaloux lui faisait cependant ressentir comme un affront personnel les accessoires avantageux de ce mariage. Quand elle eut terminé, elle dit seulement :

— Tu te préoccupais de sa chambre ; je crois bien que nous ne la verrons pas souvent ici.

— Que va penser Albéric ? interrogea M. Gardonne en s’affaissant dans un fauteuil.

— Mais j’espère bien qu’il pensera qu’elle n’est guère regrettable. Une fille de vingt ans qui épouse un vieux viveur pour son argent.

— Elle l’épouse peut-être pour avoir un chez elle. C’est nous qui l’avons envoyée chez cette abominable Mme Hurstmonceaux où il lui a été fait affront. Et à ce souvenir le sang monta aux joues de M. Gardonne.

Mme Gardonne, mise au courant par son mari, avait décidé que cette affaire-là avait été ridiculement exagérée, et qu’avec plus de tact Sylvaine se serait tue. Aussi, elle dit :

— Je suis persuadée que Sylvaine a fait plus d’embarras de cette histoire qu’il n’en valait la peine. Mon Dieu, toutes les femmes plus ou moins ont eu à supporter des insolences, mais on garde ces aventures-là pour soi. Enfin, si elle est contente, tant mieux. Je présume qu’elle va nous écrire.

— Tu as bien vu que Mme Gascoyne l’annonce… Mais il n’y a rien de décidé ferme encore.