— Miss Charmoy fera bien de se reposer un peu sur son lit, suggéra Jones. Et Sylvaine, qui ne désirait que la solitude, s’y montra disposée.
Mme Caulfield, rassurée, s’était rétablie sur sa chaise longue et dit à Sylvaine :
— Votre lettre est là, chère, si vous avez envie de la lire.
— Certainement. Et Sylvaine la prit en silence.
Dès que la porte se fût refermée sur Jones, qui l’avait conduite dans sa chambre, tenant à s’assurer que son conseil était suivi, Sylvaine sauta de son lit, donna un tour de clef, et, s’approchant de la fenêtre, aux dernières lueurs du couchant, lut la lettre de Nelly.
« J’ai eu souvent des remords de la révélation que je vous ai faite, et je crois qu’il eût été préférable de vous laisser tout ignorer… J’ai peur d’avoir pesé sur votre avenir ; mais aujourd’hui je viens vous rendre votre liberté… J’ai rencontré ici un homme qui m’aime et, n’ignorant rien de ma vie, veut m’épouser… Quand vous lirez cette lettre, je serai mariée, et l’enfant à naître aura un père… J’ai bien réfléchi et je pardonne… car j’ai été aussi coupable, plus même, que lui… Vous pouvez lui dire la vérité, si vous le voulez, ou la taire : je vous laisse maîtresse de juger. Mais si vous l’aimez, comme je le crois, épousez-le. La solitude est mauvaise ; je l’ai compris, et il est si facile de se tromper.
« Adieu, chère petite Sylvaine ; nos chemins ne se rencontreront plus. Soyez heureuse, comme je suis sûre que je puis l’être.
« Votre
« Nelly. »
L’émotion et l’étonnement de Sylvaine lui laissaient à peine la faculté de comprendre. Trois fois elle relut cette lettre dont les caractères dansaient devant ses yeux, et puis, appréhendant enfin toute sa signification, elle tomba à genoux, les bras étendus sur son lit, la tête cachée dans les couvertures, et pleura des larmes de joie… Dans la confusion actuelle de son esprit, rien ne se précisait ; mais un immense bien-être, un sentiment d’inexprimable délivrance l’envahissaient, et il lui semblait, comme il arrive en rêve, voler dans une atmosphère limpide. Elle demeura longtemps immobile, perdue dans des rêveries pleines de douceur…
La voix de Mme Caulfield la rappela au présent :
— Sylvaine, comment êtes-vous ?
En une seconde elle fut sur pied, la lettre dans sa poche, et ouvrit la porte.