— Tais-toi, Adolphe. Contez-nous donc ça, madame Pauline.
— Ah ! c’est toute une histoire ; et vous avez trop de monde, dit discrètement la vieille servante.
— Passez par ici, nous serons seuls.
Et Mme Barrey ouvrit la porte de son arrière-boutique très confortablement arrangée en salle à manger et fit signe à Mme Pauline d’y entrer. Avant d’y pénétrer à son tour, elle cria d’une voix forte, s’adressant à la grosse employée qui virait par la boutique :
— Faites attention, Virginie.
Et Virginie, qui paraissait avoir le don de descendre dix pains à la fois, secoua la tête d’un mouvement qui affirmait sa vigilance.
M. Barrey avait timidement suivi les deux femmes et s’assit sur l’extrême bord d’une chaise, tenant croisées ses mains sur les genoux, dans l’attitude d’un enfant bien sage. Mme Barrey lui donna un rapide coup d’œil, mais apparemment ne trouva rien à reprendre. Elle s’assit elle-même et, les deux coudes sur la table, elle engagea sa visiteuse à se mettre à l’aise.
— Posez donc votre panier, madame Pauline, dit-elle d’un ton encourageant.
Avec quelque répugnance la propriétaire du panier d’osier noir le décrocha de son bras et, comme débarrassée d’une responsabilité pesante, elle soupira. Mme Barrey lui demanda :
— Vous prendrez bien un petit verre de fine ?