— Vous êtes trop aimable, je ne veux pas vous refuser.

— Barrey, sers Mme Pauline.

Les clefs de Mme Barrey, habilement lancées, glissèrent sur la toile cirée de la table et allèrent tomber aux mains de M. Barrey, qui les recueillit avec un sourire.

— Et qu’est-ce qu’on a décidé pour cette chère demoiselle ? reprit la boulangère d’une voix attendrie. Dire que nous l’avons connue pas plus haute que ça.

— C’est vrai pourtant, appuya M. Barrey tout en versant la fine dans le petit verre qu’il venait de déposer sur la table.

— Oui, elle avait huit ans quand nous sommes arrivés dans le quartier avec pauvre Madame, dit Mme Pauline du ton de quelqu’un qui va commencer un récit.

— Ah ! comme le temps passe ! soupira Mme Barrey. Et quel âge a-t-elle maintenant ?

— Dix-neuf, malheureusement.

— Pourquoi dites-vous « malheureusement », madame Pauline ? demanda Mme Barrey. C’est un bel âge, dix-neuf ans.

— Ah ! si la pauvre chère demoiselle avait vingt et un ans, elle serait majeure, elle pourrait faire ce qu’elle voudrait… on ne l’emmènerait pas dans des pays étrangers.