— Vous montez comme une Anglaise.

« Comme une Anglaise » était naïvement dans sa bouche l’éloge suprême.

Mme Hurstmonceaux venait dans la tribune du manège et poussait des exclamations admiratives. Mais ce qui causait à Sylvaine un vrai plaisir, c’était l’apparition à cheval de lady Longarey. Encore extraordinairement mince et souple, dans la plus irréprochable des tenues, sous son voile serré, elle faisait illusion et paraissait une jeune femme. Elle allait se ranger aux côtés de Sylvaine, lui prodiguait les conseils pratiques et les expliquait par l’exemple. Sylvaine se plaisait à sentir la main ferme et douce de lady Longarey se poser sur la sienne pour en rectifier la position, et la voix basse et harmonieuse avec laquelle elle lui parlait reposait de l’organe criard de Mme Hurstmonceaux. Sylvaine trouvait lady Longarey délicieuse et se sentait entraînée par une sympathie très vive vers cette femme qui la traitait en amie et pourtant maternellement. Lady Longarey se croyait toujours sincère, même quand elle ne l’était pas, et elle acceptait comme son dû les expressions de reconnaissance de Sylvaine. D’ailleurs, si dans le cas particulier son amabilité cachait quelque arrière-pensée, il était certain aussi que son inclination la portait à aimer les jolis visages, pourvu, bien entendu, que Jim n’y fît pas attention ; or, M. Mar avait manifesté une terreur tout insulaire de la « demoiselle française » et se contentait, lorsqu’il la voyait, de la saluer d’un air embarrassé ; dans ces conditions, lady Longarey était libre de se laisser aller à son penchant et de prendre Sylvaine affectueusement sous sa protection toute particulière.

XI

Sylvaine était avec son oncle, elle venait de pleurer. Son cœur était tout oppressé ; il lui avait soudain paru que depuis quelques semaines elle s’éloignait de sa grand’mère, et elle avait éprouvé un besoin de verser des larmes pour se retrouver par le chagrin plus près d’elle. Un mot du colonel Hurstmonceaux avait fait déborder son émotion, et il en avait été témoin avec une douloureuse perturbation.

Mme Hurstmonceaux entra, et avec elle le parfum d’ambre et de musc qui s’envolait de sa personne. Elle arborait une toilette blanche qui soulignait son embonpoint.

A la vue de sa femme, le colonel fronça le sourcil. Cependant, comme elle s’approchait de lui fort gracieuse, il fut forcé de lui répondre courtoisement et de l’engager à s’asseoir. Elle sourit, à lui d’abord, ensuite à Sylvaine. Elle était myope et ne s’aperçut pas des yeux rougis de sa nièce. Elle expliqua spontanément la raison de sa venue.

— Mon cher colonel, je veux conduire Sylvaine à l’Opéra. L’Opéra n’est pas le bal ; je suis venue pour que vous la décidiez et parce que j’ai peur qu’elle ne me refuse.

Le colonel Hurstmonceaux répondit assez froidement.

— Sylvaine et vous, vous vous entendrez très bien sans moi.