— Est-ce que vous viendrez, chérie ? demanda Mme Hurstmonceaux. Vous êtes une méchante, voici trois jours que vous n’êtes pas sortie l’après-midi avec moi. Mon cher colonel, croyez-vous qu’elle va s’enfermer dans le square ? Je trouve cela tout à fait déraisonnable.

— J’aime tant le square, ma tante ! on y est si bien pour lire ! Vous savez, j’ai été habituée à une vie tranquille.

— Déplorable pour une jeune personne. Je veux vous dédommager. Il est entendu que vous venez à l’Opéra ce soir.

— Il me semble que, cette année… n’est-ce pas, oncle Robert ?… J’aimerais mieux pas cette année…

Mme Hurstmonceaux était visiblement contrariée ; elle dit avec humeur :

— Ecoutez, Sylvaine, je ne vous presse jamais, il me semble que vous faites bien tout ce que vous voulez ici ; vous pourriez aussi consentir quelque chose pour m’être agréable.

Sans attendre la réponse de Sylvaine, le colonel aussitôt répliqua d’une voix dure :

— J’entends assurément que ma nièce soit libre.

Sylvaine resta stupéfaite du ton et ensuite du regard que les époux échangèrent.

— Oh ! elle est très libre, répliqua Mme Hurstmonceaux ironiquement.