— Oui ; elle compte aussi faire une visite à l’oncle Robert.

— Parce qu’elle le croit très malade. Ces sortes de personnes n’ont pas de plus grand plaisir que d’amener un prêtre à un malade ; moi, je n’oserais pas, je suis trop sensible ; mais si Mme Gascoyne y parvient, je serai très heureuse.

Mme Hurstmonceaux se montrait infiniment gracieuse pour Sylvaine, car la perspective qu’elle croyait maintenant assurée de connaître, grâce à elle, Mme Gascoyne lui causait une vive satisfaction. Aussi les ordres préventifs les plus formels avaient-ils été donnés d’introduire avec honneur dans le grand salon toutes les visites qui pourraient venir pour miss Charmoy. Mme Hurstmonceaux jugeait que sa maison ne pouvait faire qu’une impression extrêmement favorable, et elle se flatta d’y réunir bientôt toute la famille du colonel. Ces agréables idées l’empêchèrent de prêter la moindre attention à l’air un peu embarrassé de Sylvaine quand le lendemain elle s’excusa de ne pouvoir monter à cheval avec lady Longarey. Mme Hurstmonceaux l’engagea avec bonté à se reposer, et n’associa en rien cette défection avec la visite faite à Mme Gascoyne.

Celle-ci, ainsi qu’elle l’avait annoncé, ne se fit pas attendre. Percy Rakewood l’avait précédée et était venu dire à Sylvaine qu’elle avait entièrement fait la conquête de sa parente ; il l’en félicita.

— Car elle est difficile, et elle en a le droit. Soyez donc tout à fait à votre aise avec elle ; j’ai voulu vous aider à la recevoir, je sais qu’elle viendra tout à l’heure.

— Comme vous êtes bon pour moi !

— Je le voudrais assurément.

Mme Gascoyne parut à son tour et franchit le seuil redoutable de la maison de Mme Hurstmonceaux sans extérieurement manifester d’agitation. Elle examina tout avec curiosité, surtout les tableaux dont la plupart lui parurent d’un choix malheureux à cause des sujets ; mais elle se tut, et, après avoir causé amicalement avec Sylvaine, demanda à être menée au colonel. Il avait été prévenu, et s’était levé pour la recevoir.

Leur entretien fut parfaitement calme ; ils ne témoignèrent aucune émotion, quoique tous deux en ressentissent. Elle, apitoyée par l’énorme changement qui s’était fait en Hurstmonceaux et par l’effort visible qu’il s’imposait pour réunir ses idées ; lui, remué de revoir sa cousine, à qui, dans sa faiblesse physique et morale, il songeait comme à une protection. Elle en eut l’intuition et lui dit :

— Je viendrai vous entretenir de projets que j’ai pour vous et pour Sylvaine.