— J’ai été négligente envers vous, je vous ai laissée faire de tristes connaissances, je réparerai cela ; seulement, je vais tout de suite vous demander un sacrifice : ne montez plus à cheval avec lady Longarey.
— Mais comment pourrai-je l’éviter ?
— On s’arrangera pour vous faire monter à cheval avec Kathleen, un peu plus tard. Il n’y a qu’à dire maintenant que le médecin vous défend pour le moment l’exercice du cheval.
Le visage de Sylvaine révélait le trouble que lui causait cette requête. Mme Gascoyne crut nécessaire de porter le fer immédiatement sur la plaie.
— Croyez-en ma connaissance de la vie. Lady Longarey est une femme tellement perdue de réputation que celle d’une jeune fille qui serait vue souvent avec elle en souffrirait sûrement. Lady Longarey n’a reculé devant aucun scandale ; elle a vécu publiquement à Florence avec un homme marié. Ce sont des choses affreuses ; mais puisque les circonstances vous ont par mauvaise chance mise en rapport avec de pareilles personnes, il importe que vous soyez éclairée…
Sylvaine rapporta de chez Mme Gascoyne une impression confuse, mais où la satisfaction dominait ; elle avait aimé ses façons un peu altières, mais si nobles, et l’extrême accent de vérité et de franchise qui se dégageait de toutes les paroles de Mme Gascoyne… Puis pendant ces deux heures, elle avait parlé presque continuellement de sa mère et de sa grand’mère ; d’autres portraits de ses arrière-grands-parents lui avaient été montrés. Elle s’était sentie adoptée, et ce sentiment lui avait été doux.
Mme Gascoyne lui avait demandé comment elle était venue, et parut satisfaite quand elle sut que le coupé de Mme Hurstmonceaux avait amené et attendait Sylvaine.
Mme Hurstmonceaux fut très curieuse d’apprendre les détails de la visite ; de quoi avait-elle parlé ?
— Mme Gascoyne m’a beaucoup interrogée sur le passé.
— Est-ce qu’elle va venir vous voir ?