— Je vous demande un peu de quoi elle se mêle, cette femme-là ? dit Mme Barrey indignée.

— C’est ce que M. Albéric lui a dit, et elle l’a appelé insolent ; mais il s’en moque.

— Et pourquoi qu’il n’épouse pas sa cousine ? Ça arrangerait tout.

— C’est trop jeune, madame Barrey, ça n’a pas de position. Et puis ils sont comme frère et sœur. Je sais, moi, que M. Albéric a eu des histoires de femmes, en tas ! Oh ! non, c’est pas le mari qu’il faut à Mlle Sylvaine ; fière comme elle est, si un homme lui faisait des traits, elle en mourrait, bien sûr. J’aime bien M. Albéric ; mais, sous ce rapport, j’ai pas confiance en lui.

— Vous avez raison, dit Mme Barrey. Ah ! ça me fait bien de la peine aussi, tout ça ! On s’affectionne, n’est-ce pas ? Alors, vous, madame Pauline, qu’est-ce que vous allez faire ? Vous n’allez pas vous placer encore ?

— Non. J’ai de petites économies, et pauvre Madame m’a laissé quelque chose. Je vais m’acheter un petit viager, et puis je ferai des ménages tant que ça pourra marcher. Vous penserez à moi, madame Barrey ?

— Soyez tranquille. Vous avez raison de rester chez vous ; à votre âge, ça vaut mieux.

— Et puis, j’ai été habituée pendant quinze ans à Madame, je ne pourrais pas me faire à d’autres. Je suis entrée chez elle à la mort de mon pauvre mari ; j’avais toujours été chez moi, madame Barrey. Comme ça, si Mademoiselle a besoin de moi à un moment, je suis là.

— C’est gentil de votre part, dit Mme Barrey.

— Je l’aime beaucoup, Mlle Sylvaine. Ah ! je croyais bien aller à sa noce !