MADELEINE. — A leur air étonné : quand on se rencontre par hasard, on n’est jamais surpris. Ils font joliment bien, du reste, si ça les amuse. Là, ils vont aller se reposer dans le salon. Il faudra que je fasse venir mes flirts aussi. Miss Lee n’y verra pas de mal, car l’art !… Regardez-la avaler tous les tableaux l’un après l’autre.

MADELEINE. — La pauvre Lardinois regarde les toilettes, elle cherche des idées pour ses arrangements ; ça l’amuse de se croire du chic.

SUZANNE. — C’est beau, les illusions.

MADELEINE. — On vivait de ça autrefois. C’est incroyable comme nos respectables ancêtres se contentaient de peu de choses.

SUZANNE. — C’est-à-dire qu’on s’appliquait à se rendre la vie insupportable. Comme je dis à maman, le premier devoir est de se rendre la vie agréable, et alors on la rend agréable aux autres.

ÉTIENNETTE. — Bien sûr. Maman, qui est une martyre de ses idées, est toujours de mauvaise humeur.

MADELEINE. — Très faibles, les mères ! J’ouvre les idées à Lardinois ; il y a des choses qu’elle commence à comprendre.

SUZANNE. — Par exemple ?

MADELEINE. — Que c’est hygiénique de se faire faire la cour, qu’avec elle je n’ai rien à craindre, et qu’il n’y a pas besoin d’aller raconter à la maison qui nous rencontrons. Je lui ai promis un beau cadeau pour le jour de mon mariage, aussi pas de danger qu’elle se brouille avec moi.

ÉTIENNETTE. — Je lui en promets bien d’autres à ma brave Lee. Elle me raconte toujours ses rêves qui m’annoncent des destinées extraordinaires. Et j’y crois. J’aurai ma revanche, vous verrez. Et je le dis à maman quand elle me recommande la tenue : « Ce n’est pas avec ça qu’on trouve des maris, et ce n’est pas toi, ma pauvre maman, qui te serais mariée sans dot. » Et si j’avais eu une dot, on ne me laisserait pas seulement lever les yeux.