NOVION. — Je ferai tout ce que vous voudrez, je dirai même des bêtises, si ça vous amuse.

SUZANNE. — Et qu’est-ce que vous voulez qui m’amuse ? des considérations philosophiques ?

NOVION. — Je deviens bête auprès de vous.

SUZANNE. — Ça vous arrive quelquefois, je ne peux pas dire le contraire, dites donc, c’est une drôle de chose quand on y réfléchit qu’un bal ; au fond, c’est rudement immoral !

NOVION. — Comment pouvez-vous avoir des idées pareilles !

SUZANNE. — Vous êtes trop innocent, vous, ça ne vous arrive pas ; moi je trouve dégoûtant de nous habiller en nous déshabillant pour plaire à des messieurs, à un tas de crétins, à des êtres qui demandent la cote des dots avant de se mettre à danser, et ne vont qu’à celles qui sont dans leurs prix. J’aime mieux les demoiselles du cirque, je les trouve moins canailles.

NOVION. — Suzanne, mademoiselle Suzanne, je ne veux pas que vous disiez ces vilaines choses !

SUZANNE. — Je les dirai quand même ; oh ! vous savez, elle n’est pas encore passée au fer la moustache de celui qui doit me faire peur !

NOVION. — Ce n’est pas pour vous faire peur que j’aimerais à friser la mienne.

SUZANNE. — Pourquoi ?