MADELEINE. — S’ils n’étaient pas bêtes, mais ils le sont toujours ; et puis, à Azou, nous avons la famille avec nous du matin au soir ; maman, qui n’a rien à faire, est toujours à me chatouiller le dos avec ses éventails, pour me rappeler d’avoir de la tenue ; — elle en est pour ses frais, du reste. — Non, vrai, ça me donne des idées noires !
ÉTIENNETTE. — Emporte des livres.
MADELEINE. — C’est cela, parlons-en des livres qu’on nous laisse lire ; c’est d’un rasant ! Heureusement que j’entends raconter les autres ; l’autre jour, au mariage, on ne parlait que du jeune Casal.
ÉTIENNETTE. — Qui, Casal ?
MADELEINE. — Eh bien, le chouchou du dernier roman à Bourget ; je connais la chose comme si je l’avais lue. Maman s’attendrissait tous les matins, et ne se tenait pas d’en parler à déjeuner ; du reste, papa est pratique, et cette dame qui va entendre sonner les cloches du monastère lui a paru d’un faible !
ÉTIENNETTE. — Qu’est-ce qu’elle avait fait ?
MADELEINE. — Rien du tout, c’est une serine ; elle aime un monsieur qui l’aime et, au lieu d’être contente, elle pleure tout le temps. Elle devait en avoir des douzaines de mouchoirs de poche, cette femme-là ! Regarde ceux que je viens de me faire faire, sont-ils mignons ?
SUZANNE. — On voit bien que les hommes se trouvent tous délicieux, ils se font toujours adorer dans les livres.
MADELEINE. — Avec ça que c’est ainsi dans la vie ; je n’en connais pas de gens qui veulent se faire périr par amour. Qu’on pleure quand on n’a pas le sou, je comprends ça, c’est une raison sérieuse.
ÉTIENNETTE. — Moi, je lis des livres anglais où l’on s’embrasse tout le temps, mais, là, ferme ; seulement maman est convaincue que la collection Tauchnitz ne renferme que des ouvrages d’une moralité irréprochable ; elle fait ses recommandations à miss Lee, et moi je lui fais la mienne. Tout de même, ils sont trop expansifs ; je n’aimerais pas ça, moi, qu’on m’embrasse tout le temps.