ÉTIENNETTE. — C’est ta manière de le séduire ?

SUZANNE. — C’est la bonne, va ; il est capable de devenir amoureux pour tout de bon. Je verrai bien ça : on ne m’en fait pas accroire.

MADELEINE, passant sa main dans un bas de soie noire. — Crois-tu que je vais avoir un pied là dedans ! Il paraît qu’autrefois on ne montrait pas son pied !

SUZANNE. — Faut croire qu’ils avaient des idées bien indécentes. Donne-moi deux paires de tes bas, Madeleine, tu en as trop, et moi je suis dans la dèche ; il y a beau temps que mon trimestre est avalé.

MADELEINE. — Je te les vends, si tu veux, à crédit ; mais je ne te ferai pas de cadeaux, tu es plus riche que moi. En veux-tu, Étiennette ?

ÉTIENNETTE. — Non, merci. On ne me refuse rien en ce moment, parce qu’on compte faire tout payer par mon mari. Tâchez, quand j’irai à Azou, d’avoir mon affaire ; la marquise a promis à maman que je ne partirais pas de Gonthier sans être fiancée ; mais je parie bien que si ; cependant j’ai une amazone neuve dans laquelle je suis un peu chouette, je vous en réponds. C’est fâcheux que je ne sois pas comme la madame à Bourget ; mais il me faut mon tub, moi, et c’est pas porté dans les couvents.

MADELEINE. — Voyons, Étiennette, ne dis pas de bêtises ; tu seras si jolie en mariée, et il faut te décider, les petits chapeaux te vont si bien.

ÉTIENNETTE. — C’est vrai, tout de même.

VI

MADELEINE, costume tout blanc, béret idem.

SUZANNE, costume serge, bleu presque noir, chemisette soie jaune, chapeau marin, voile bleu. Sur la plage ; elles dessinent.

NOVION, leur ami, tient un parasol.