SUZANNE. — Vous n’en pensez pas un mot, je vous amuse, voilà la vérité, mais ça m’est égal ; quand elle a vous vu arriver, maman s’est alarmée, je l’ai rassurée. Novion sait bien que nous ne l’épouserons pas, mais cela lui donne un petit chic de nous faire la cour ; est-ce pas vrai ?

NOVION. — Je n’ai pas d’arrière-pensée, moi.

MADELEINE. — Un impressionniste, quoi ! Dites un peu comment vous trouvez mon ciel ?

NOVION. — Très bien ; vous avez joliment raison de faire du paysage.

MADELEINE. — Qu’est-ce que vous voulez ? moi, les académies me font mal au cœur.

SUZANNE. — Tu n’as pas le feu sacré !

MADELEINE. — Et puis, ça m’ennuie de me lever de bonne heure, je ne sais pas comment Suz fait, elle n’a jamais envie de dormir.

SUZANNE. — Ça rend bête, et ça engraisse de trop dormir ; regarde celles qui font des passions à cinquante ans, elles se lèvent tôt ; et moi je veux y aller aussi de ma petite conquête dans trente ans d’ici ; il ne faut pas s’écouter, parce qu’une fois qu’on a commencé, ça ne finit plus ; la santé est une affaire de volonté.

MADELEINE. — Tu en parles à ton aise, attends d’avoir un bon rhume de cerveau.

SUZANNE. — N’est-ce pas, Novion, que j’ai raison ? à preuve : les princesses, elles ne sont pas autrement faites que nous, et elles vont toujours ; la pluie, le brouillard, rien ne leur fait, elles marchent quand même ; la vieille reine d’Angleterre roule comme ça depuis cinquante ans. Bien se nourrir, de l’exercice, de l’argent pour ne pas être embêté, c’est ce que j’appelle l’hygiène !