A première vue, cette intimité paraît un peu périlleuse, mais en réalité elle ne l’est pas du tout, car il n’y a pas le moindre danger que Roseline perde la tête, et « le divin » s’emballe tellement en imagination qu’il ne pense plus guère à le faire en réalité ; la « Portia » dont il est l’imaginaire amant ne lui laisse que rarement le temps de songer aux filles de la terre !
Il était en train de déclamer avec beaucoup de conviction sur les souffrances que lui infligent les dédains de l’adorable Portia, quand la porte s’ouvrit et livra passage à une réalité féminine, jeune et très bien habillée, mais dont le visage était légèrement bouleversé.
— Comment, Lolo, c’est toi à cette heure ? dit avec étonnement madame de Vaubonne sans quitter son métier.
— Est-ce que je te dérange ?
— Nullement, ma chère ; j’étais, comme tu vois, seule avec Monteux (c’est ainsi que le poète se nomme parmi les hommes) ; il ne te gêne pas, n’est-ce pas ? Qu’est-ce que tu as avec cette mine ?
— J’ai des chagrins !
— Des chagrins ! mais c’est l’affaire de Monteux, voilà une demi-heure qu’il s’efforce de m’arracher l’âme ; allons, dis-nous tes douleurs, Lolo.
Madame Baugé, familièrement Lolo, était cousine à un degré distingué de madame de Vaubonne et par-dessus le marché elles s’aimaient beaucoup, avec cependant une nuance de pitié du côté de madame de Vaubonne, qui considérait la pauvre Lolo comme une créature un peu faible, et d’indulgence du côté de madame Baugé, qui s’imaginait que Roseline n’était pas sans en avoir besoin.
— Eh bien, j’ai eu une scène avec Léon !