— Comment, c’est ça, tu deviens jalouse.

— Non, mais tout de même c’est trop fort, quand moi je n’ai pas le droit de voir qui me plaît ; ce sont des histoires à tout bout de champ et à propos de rien ; c’est à n’y pas tenir !

Madame de Vaubonne prend l’air triomphant, et, très nettement :

— Ma petite, c’est bien fait, tu n’as jamais voulu m’écouter, je t’ai avertie.

— Mais enfin, il fallait bien que j’aie des égards pour lui. Après tout, c’est mon mari !

— Est-ce que tu te figures par hasard qu’il t’a épousée pour te faire plaisir ? Tu as voulu jouer à l’épouse modèle, tu vois comme ça t’a réussi. Il y a une chose, Lolo, que tu n’as pas comprise, et tout est là, c’est l’avantage immense d’acquérir tout de suite une mauvaise réputation.

— Allons, Roseline, tu n’es pas sérieuse.

— Mais parfaitement, je maintiens ce que je dis ; il n’y pas de paix pour une femme autrement. Ainsi, ton mari se mêle de te faire des scènes, et on ne se gênera pas pour te tracasser parce que tu n’as pas su te faire craindre ; tu as montré que tu avais peur de tous ces gens-là, ils en profitent. Si, au contraire, tu te fiches d’eux, dès le premier jour, carrément, ils sont un peu étonnés d’abord, et puis ensuite on vous sait un gré énorme de tout ce que vous ne faites pas. Une femme qui veut, dans le monde, poser pour la vertu, ça ne se regarde pas, ça ne compte pas, c’est une quantité négligeable ; je t’assure que je serais désolée si je n’avais pas une mauvaise réputation.

— Mais tu n’as pas une mauvaise réputation.

— Si, si, va, on parle mal de moi ; et tu compterais les personnes qui croient à ma vertu ! Mon pauvre Armand lui-même est très persuadé qu’il ne faut pas jouer à me contrarier, et il a raison… Monteux, n’est-ce pas que vous ne croyez pas à ma vertu ?