— A mon tour, maintenant, dit madame de Juvisy, moi, par exemple, je ne veux plus aimer au monde que ma musique.

— Franchement, madame, avez-vous jamais aimé autre chose ? interroge Monteux.

— Je l’ai cru, mon cher, c’est tout comme : au fond, qui aime vraiment ? qui aime-t-on ?

— Soi-même, dit Paule, sans hésiter.

— Vrai, vous n’aimez pas quelqu’un, dit encore Monteux, regardant madame de Juvisy, votre fils, par exemple ?

— Bah ! pourquoi voulez-vous que je l’aime, qu’est-ce que ce petit animal a d’intéressant ? la maternité adoratrice est une pose, mon cher, soyez-en sûr ; si les femmes osaient dire la vérité, la plupart avoueraient que leurs enfants les assomment.

— Si encore on pouvait les choisir à son goût, ajoute Paule ; mais, la plupart du temps, ils ressemblent à des gens qui vous sont désagréables ; puisqu’il faut absolument mettre un inconnu dans sa vie, c’est bien assez d’un mari.

— Elle a raison, dit Luce, voyons ma devise. Elle prend et lit :

« Chacun le sien, ce n’est pas trop. »

— Bon, dit Roseline, rien n’est trop pour Luce, car qu’est-ce qu’elle peut bien désirer ?