— C’est bien, nous comptons sur vous.
— Et moi, monsieur de Monteux, que me donnez-vous, dit presque majestueusement la superbe madame Manassé.
— Celle-ci, très chère madame :
« Qui quitte la partie la perd. »
» Vous voilà toutes servies, quelqu’un réclame-t-il ? Non, et vous promettez de porter pendant l’année entière la devise que je vous ai donnée ?
Les mains long gantées s’élèvent dans un mouvement de protestation.
— C’est bien, et surtout soyez-y fidèles. Maintenant, il faut nous recueillir pour attendre l’entrée solennelle de la nouvelle année et nous la rendre favorable.
— Didier, vous nous avez promis des mystères, dit Luce, ses noirs regards alanguis.
— Vous les aurez, madame ; à présent, soyez silencieuses.
Elles se taisent, dans un frisson d’attente délicieuse. Didier et Monteux se lèvent et disparaissent… la musique a repris, douce, douloureuse et implorante ; peu à peu la lumière s’atténue, et tout à coup s’éteint ; en haut seulement, derrière les grands paravents, tremblent quelques pâles clartés. Lente et lourde, l’heure sonne douze fois ! un cri d’archet y répond, tout s’illumine au même instant et découvre au fond du grand hall un spectacle singulier : Debout, grave et beau se tient Didier ; il est vêtu d’une longue robe bleu azuré, éclatante et douce, une tiare d’or couronnée d’une guirlande de violettes est sur sa tête ; autour de son cou, un long chapelet, fait de roses, de myrte et d’olivier, — ses poignets sont cerclés d’or, et un anneau portant une énorme turquoise brille à son doigt ; à côté de lui, le Divin, habillé d’une robe blanche lamée d’argent, un triple collier de perles et de cristaux au cou, — devant eux un trépied d’argent à trois branches et sept becs où brûlent les parfums consacrés : le cinname, l’encens mâle, le safran et le sandal rouge…