— Je ne me suis jamais plainte… murmura Lolo.
— C’est possible, mais il faut être sérieux, et nous ne l’avons vraiment pas été, ma mère me le disait encore avant dîner ; à ce train-là, on élève ses enfants pour l’hospice ! Mon père c’est solide, tu sais, nous aurons déjà assez de mal à nous débrouiller, et puis il est temps que tu songes à rester jolie ; c’est humiliant, une femme qui a toujours l’air d’un paquet ; tout le monde me fait des compliments sur toi en ce moment ; amuse-toi, puisque tu en as l’occasion, je suis parfaitement tranquille ; vois-tu, Lolo, nous avons assez joué au ménage modèle, il faut prendre un autre genre maintenant que nous devenons vieux.
— Très bien. Avec qui montes-tu à cheval, demain matin ?
— Avec madame Manassé, comme d’habitude.
— Alors, moi j’irai avec Paule chez Didier.
— C’est une bonne idée ; allons, va-t’en, petite tentatrice !
VI
CHEZ DIDIER
— Si quelqu’un va avec Lolo, ce sera moi, a dit Roseline lorsque Paule lui a fait part de leur projet.
Et la belle Paule, qui n’a qu’un goût médiocre pour les rôles de divinité de seconde grandeur, l’a trouvé fort bon ainsi. Roseline est à l’heure dite chez Lolo, car elle est toujours exacte, si compliqué que soit son ajustement ; Lolo aussi est prête, déjà coiffée de sa petite toque de velours vert, le visage caché sous la voilette à gros pois ; elle a, ce matin-là, dans les yeux une flamme insolente qui n’est pas habituelle ; Roseline le remarque tout de suite.
— Mais, ma Lolo, sais-tu que tu as une mine tout à fait triomphante, ce matin ; est-ce un souvenir ou une espérance ?