Tous ces propos ont un peu tourmenté Lolo, elle a parlé vaguement, pendant le dîner, des visites qu’elle a reçues, et a observé son mari avec une extrême attention ; elle ne croit pas éprouver pour lui des sentiments bien vifs, mais il est certain qu’il y a l’accoutumance. Il l’a priée de ne pas l’entretenir à table de leurs enfants, ce qui, à son avis, donne l’air ridicule devant les domestiques. Lolo trouve cette prohibition bien incommode, et elle n’apprécie pas tout à fait cette façon de mettre perpétuellement les enfants à la cantonade ; elle n’est pas encore arrivée à cette suprême délicatesse qui considère comme répugnants les détails concernant les petits ; privée de ce sujet de conversation, elle s’aperçoit qu’elle a peu de choses à dire et constate qu’elle s’ennuie maintenant toutes les fois que Didier n’est pas là.

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Léon était couché depuis une heure, lisant son journal avec accompagnement de bâillements préparatoires au repos, lorsque Lolo, très mignonne dans un saut-de-lit de flanelle bleue, entra et s’assit sur le bord du lit.

— Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Léon avec inquiétude, est-ce que tu es malade ?

— Non, je veux te parler.

— Ah ! très bien ; mais qu’est-ce qui t’a empêchée de me parler toute la soirée ?

— Rien, seulement j’aimais mieux venir maintenant.

— Alors, dépêche-toi un peu, parce que j’ai sommeil, et que je monte à cheval demain matin.

— Je voulais te demander si cela ne te contrarie pas du tout, ce souper chez Didier…

— Allons, Lolo, voilà que tu retombes dans tes enfances ! Sois donc une femme comme les autres, et non pas éternellement une petite fille ; et puis, pourquoi viens-tu me trouver comme cela ? C’est très imprudent, et, vraiment, nous ne pouvons pas nous rendre tout à fait ridicules, — trois ! c’est assez.