— Les deux…

— Voilà qui est parlé en femme, en personne intelligente et qui sait jouir des biens qui lui sont échus. Que voulez-vous qu’on soit lorsqu’on est hantée par la pensée d’un Barbe-bleue quelconque, car celui-là est le vrai type du mari, égorgeant la malheureuse qui a eu la curiosité d’ouvrir une porte ? Mais c’est la fin de la beauté et de l’esprit que la crainte d’un inquisiteur à domicile ; vous n’êtes plus la même depuis que vous secouez un peu le joug. Accoutumez-vous donc à être contente sans pensée de derrière la tête. Qu’est-ce qui pourrait bien vous amuser ? Voulez-vous vous costumer ? Si on vous habillait comme quelque belle Florentine du XVe siècle on arriverait peut-être à vous en donner l’âme, éprise de plaisir et d’amour.

— Mais il est convenu que vous n’êtes pas amoureux de moi.

— Non, pas comme vous l’entendez ; cependant, je vous veux une âme amoureuse.

— Je pourrai en tout cas commencer par me costumer ; et vous, le serez-vous aussi ?

— Bien entendu : nous chercherons dans l’histoire de ce temps-là les noms de deux amants, et nous les prendrons pour un soir, est-ce dit ? Et maintenant voulez-vous un peu venir voir ma maison, afin de savoir ce qu’elle contient et de quelle façon vous désirez qu’on la dispose ?

— Écoutez, Didier, je n’ai pas d’idées, mais il m’en viendra peut-être, je tâcherai d’en avoir ; montrez-moi toujours votre maison, je réfléchirai… et, si je trouve, je reviendrai…

— Seule ?

— Oui, seule, comme une grande personne !

Ils rirent tous les deux et se levèrent.