— C’est tout à fait dans le train, que d’avoir une passion pour lui, dit froidement Didier.
— Ma chère madame, reprend d’Aveline, avec son joli sourire d’homme qui va perpétuellement chanter une romance, ne faites pas de folie, contentez-vous de l’écouter et de l’admirer.
— Mais, mon pauvre ami, vous ne comprenez pas que le plus beau jour de ma vie sera celui où j’aurai l’envie de faire une folie, c’est une fantaisie qui ne m’est jamais venue jusqu’ici.
— Ah ! madame, soupire madame de Corbenay, ces choses-là se paient si cher !
— Pas du tout, madame, il s’agit seulement de ne pas y mettre de mystère. Si je cachais mes sentiments à mon mari, cela l’agiterait peut-être le jour où il les apprendrait ; mais étant donné que je lui dis tout simplement : « Mon cher ami, j’en suis amoureuse, je trouve qu’il chante comme un ange ; cet homme-là me ferait aller au bout du monde… » il écoute cela comme le récit d’un caprice quelconque, et si je donne une soirée pour lui, comme je veux le faire, mon mari sera le premier à trouver la chose toute simple, n’est-ce pas Didier ?
— Assurément, madame, tout est dans la manière de faire.
— De mon temps, madame, dit un peu sèchement madame de Corbenay, on avait la pudeur de certains sentiments.
— Ah ! madame, je ne sais pas si c’était de la pudeur. Autant que je suis arrivée à comprendre, ce sentiment-là précède toutes les inconvenances.
— Voyons, petite charmante madame, roucoule d’Aveline, ne vous calomniez pas, nous vous connaissons, nous savons bien que vous êtes une femme trop sage pour vous compromettre pour un ténor.
— Si vous croyez me connaître, vous vous trompez considérablement, je vous assure ; vous, vous ne vous imaginez pas comme je me moque des appréciations et des considérations, et comme je suis décidée à faire toujours ce qui me plaira le mieux.