— Je ne sais pas, je n’ai pas essayé ; mais je suis persuadée que je ne m’infligerai jamais volontairement de la peine.
— Et vous aurez bien raison, ajoute Didier.
— Chut ! dit impérieusement Luce, on va commencer.
Et du moment que la musique a repris, elle devient une autre personne, son beau bras s’appuie sur le rebord de la loge, et ses yeux ardents ne quittent pas la scène ; les diamants de son corsage brillent et palpitent ; Didier, tout proche d’elle, lui parle bas quelquefois, et elle fait un signe d’acquiescement.
Mesdames Baugé et de Corbenay ont repris leur tenue d’Opéra ; c’est une attitude particulière, à la fois élégante et attentive, qui leur est familière depuis trente-cinq ans ; madame de Corbenay, avec une grâce parfaite, qui attire l’attention sur ses superbes épaules, ajuste de temps en temps son corsage ; d’Aveline soupire alors quelques mots admiratifs sur le buste magnifique qui s’étale complaisamment sous ses yeux.
Madame de Corbenay, par habitude, est assise un peu de côté afin de pouvoir causer avec le cavalier qui est derrière elle ; elle le fait imperceptiblement, sans un mouvement du corps, tandis que Paule, lorsqu’elle veut dire un mot à Didier ou à Monteux, se retourne tout d’un bloc.
— Elles sont impertinentes, ces petites, souffle d’Aveline à madame de Corbenay. Madame de Juvisy n’y met vraiment pas de mesure, regardez-la.
Madame de Corbenay prend sa lorgnette, et, à son abri, jette un long coup d’œil à Luce ; puis, sans presque ouvrir les lèvres, avec ce joli sourire des belles d’autrefois, gracieuses toujours et malgré tout :
— Elle a peut-être raison, mon cher, au moins elles ne se sont pas condamnées à la comédie.
— Voyons, chère amie, la comédie, quelle comédie ? ah ! quelle différence entre elles et vous ; vous, délicieuse, adorable, fine ; elles, parlant à tort et à travers, je ne sais pas même si elles sont jolies… l’une son ténor, l’autre son torero… Ce n’est pas une femme comme vous, qui avez jamais eu des goûts semblables.