— Il faudra que nous l’invitions quelquefois avec la belle Corbenay, nous lui donnerons du cœur à cette pauvre femme, faites-lui donc un peu la cour, Monteux.

— Non, madame, vous me suffisez.

Didier, qui les a entendus, se rapproche, et dit tout bas :

— Ne troublez donc pas la sérénité de cette chère Corbenay, vous allez lui faire commettre un scandale, et que dirait d’Aveline.

Autre rappel de madame Baugé, mutisme général, attention apparente. Madame de Corbenay, perdue dans ses rêveries, évoque une silhouette disparue : un visage ovale, une barbe fine, des yeux amoureux et une voix de caresse disant avec l’accompagnement du geste le plus gracieux : « Almaviva son io. »

— Ah ! si elle avait eu le toupet de cette petite Juvisy, qui, la bouche entr’ouverte, les deux mains pendantes, écoute fascinée et heureuse, et ose dire qu’elle l’est, et le dira à lui-même ; où ont-elles trouvé ce courage, ces petites femmes ?…

L’acte est terminé ; cette fois, madame de Corbenay se meut la première, et se rapprochant de madame de Juvisy, elle dit volontairement :

— C’est vrai qu’il est exquis ; Mario aussi l’était, je vous assure.

Luce répond tranquillement en brisant entre ses doigts nerveux une fleur d’orchidée qui ornait son corsage.

— Est-ce que vous l’avez aimé, madame ?