Madame de Corbenay soupire :

— On n’osait pas…

Et elle demeure muette pendant que Luce dit posément à Didier :

— J’aperçois mon mari dans la loge du cercle, allez me le chercher, je vous prie, je veux qu’il l’invite ce soir même à venir chez moi.

Et comme sans hésitation Didier part, madame de Corbenay demande avec intérêt :

— Il l’invitera, vous croyez ?

— Assurément, madame, vous ne pensez pas qu’il veuille se rendre ridicule.

Devant ce nouveau point de vue, madame de Corbenay reste silencieuse et anéantie…

VIII
LA FÊTE

Un beau matin, Baugé se réveilla avec l’idée bien arrêtée que Lolo était infiniment plus charmante que madame Manassé ; elle l’avait prodigieusement ennuyé la veille à l’Opéra avec ses prétentions, ayant refusé d’aller avec lui voir une pantomime très suggestive ! Après tout c’était une poseuse, et Baugé se disait avec une légitime satisfaction que la vraie simplicité ne se rencontre que chez les filles de grande maison, comme Lolo ; était-elle assez naturelle, et cela ôtait-il quoi que ce soit à sa distinction ! A bien réfléchir, Baugé s’aperçoit que Lolo devient très captivante, elle a des caprices, des volontés et des boutades ; elle rentre et sort maintenant, sans lui en rendre aucun compte ; elle fait des parties de théâtre avec Roseline ; elles vont ensemble déjeuner à la campagne, et on le laisse tout naturellement en dehors de ces combinaisons. Lolo est très gentille et aimable pour son mari, mais il ne paraît plus qu’il ait une part quelconque à sa vie ; incidentellement ou accidentellement elle nomme tel ou telle avec qui elle a fait une partie, elle laisse tomber une allusion aux visites de Didier ou de Monteux, mais sans paraître songer qu’il y ait là quelque chose qui regarde aucunement Baugé, elle lui témoigne la plus admirable indifférence, et lorsque volontairement il annonce ou explique l’emploi de sa journée ou de ses heures, elle feint de ne pas entendre et ne relève jamais quoi que ce soit. Baugé se dit bien que tout cela est très joli, très élégant ; mais il n’y a pas à dire, Lolo lui plaît toujours, et il a bonne envie de le lui prouver, sans être ridicule bien entendu, ni bourgeoisement tendre.